Les auteurs de cette lettre dénoncent la surutilisation des insecticides en milieu urbain.

Monsieur le Ministre, nous sommes inquiets

OPINIONS / Lettre adressée à Monsieur Benoit Charrette, ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques et député de Deux-Montagnes à l’Assemblée nationale.

Monsieur le Ministre,

Comme votre mandat consiste entre autres à la protection de l’environnement et la conservation de la biodiversité au bénéfice des citoyens, nous souhaitons vous faire part de nos inquiétudes au sujet du pesticide Bacillus thuringiensis israelensis (Bti).

Nous sommes des citoyens préoccupés par le silence autour de nous, en rapport avec cette biodiversité, élément essentiel à la vie humaine. Nous parlons ici du silence des forêts et de ses habitats.

Ce silence s’explique principalement par le développement urbain et l’utilisation de pesticides utilisés dans le domaine agricole. Mais aussi par la surutilisation d’un insecticide pulvérisé à outrance dans les milieux urbains et qui passe sous le radar parce qu’il est considéré biologique.

Cet insecticide est une bactérie, agissant comme le ferait un poison lorsqu’il est ingéré par les larves d’insectes qui possèdent un tube digestif à pH hautement alcalin, comme les moustiques et les mouches noires. Sauf qu’il y a plus que ces deux types d’insectes qui meurent par le Bti. Plusieurs autres insectes de la famille des diptères, entre autres les chironomes, qui ont une place importante dans la chaîne alimentaire, sont touchées. Sans parler des victimes collatérales comme les insectivores : hirondelles, chauve-souris, batraciens, libellules, poissons, etc.

De plus, nous avons découvert que les trois produits utilisés à Trois-Rivières, Shawinigan, Nicolet et Gatineau sont des produits qui sont composés en moyenne de 7 % de la bactérie et le reste est identifié comme «autres ingrédients». Ce qui nous fait croire que ces produits ne sont pas si biologiques que le fabricant le prétend.

Les trois quarts de la ville de Trois-Rivières sont sous observation par la compagnie d’épandage et au moins la moitié du territoire est arrosée chaque année depuis plusieurs années. Ce qui devient aussi inquiétant est que depuis, les territoires ciblés par la pulvérisation de cet insecticide ne cessent de s’agrandir, à Trois-Rivières comme dans les cinquante autres villes et municipalités du Québec.

Le Bti vient ajouter une couche supplémentaire à la problématique de survie de la biodiversité et tout cela à la seule fin du confort personnel et temporaire des humains.

Des études scientifiques récentes nous démontrent qu’il y a une problématique prouvée en rapport avec la survie des batraciens, entre autres les rainettes faux-grillon, un mammifère sur la liste des espèces en péril. Même constat en Europe pour la grenouille rousse.

Dès le début des années 2000 (Boisvert et Boisvert, 2000), les chercheurs sonnaient l’alarme au sujet des dangers de l’utilisation à long terme de cet insecticide sur la biodiversité.

À ce jour, nous sommes intervenus à trois reprises au conseil de ville de Trois-Rivières avec comme but l’arrêt de ces pulvérisations et la promotion de l’utilisation des nombreuses alternatives pour soutenir la nuisance temporaire des insectes piqueurs, tel qu’il est bien mentionné dans une note du gouvernement du Québec. Nous avons expliqué aux membres du conseil de ville la problématique de ces produits et l’importance de la sauvegarde de la biodiversité. Au dernier conseil de ville, le maire Jean Lamarche nous a dirigés vers des plus hautes instances à savoir le ministère de l’Environnement qui octroie les autorisations annuelles, qui eux se basent sur l’agence de réglementation de la lutte parasitaire (ARLA) qui homologue les produits utilisés.

La problématique du Bti a été mentionnée dans deux mémoires à la Commission parlementaire sur les pesticides qui a eu lieu en septembre dernier. Nous espérons que le rapport final en tiendra compte.

Nos récentes recherches nous indiquent que la sonnette d’alarme a sonné pour la déchéance des insectes.

Nous vous remercions pour votre bonne attention.

Christiane Bernier

Philippe Giroul

Trois-Rivières