Des milliers de personnes ont participé à la marche pour le climat à Trois-Rivières vendredi dernier, à l’instar de milliers d’autres dans plusieurs villes de la province. L’auteur de cette lettre souhaite que le message des manifestants aura rejoint non seulement les convaincus mais surtout ceux et celles qui banalisent l’urgence climatique.

Monologues de sourds

OPINIONS / À la marche pour le climat du 27 septembre, j’y étais. En queue de peloton, pancarte à la main. Également en queue de peloton, à un jet de pierre de ma pancarte, le candidat conservateur dans la circonscription de Trois-Rivières. Yves Lévesque a marché, lui aussi, brièvement.

Certains ont déploré sa présence, allant même jusqu’à lui suggérer de s’en aller. D’autres ont dénoncé sa présence, l’affublant d’un sobriquet peu flatteur: «criminel climatique». Le candidat conservateur y était, donc. Sa présence, même brève, m’a rassuré. C’est son absence qui m’aurait inquiété.

C’est un secret de Polichinelle: le Parti conservateur du Canada n’a pas un bilan très reluisant en matière d’environnement. Soyons clair: mon propos n’est pas ici de défendre ce bilan indéfendable. Ce boulet, le candidat dans Trois-Rivières devra, lui, le porter jusqu’au jour du scrutin.

Cela dit, l’heure n’est plus aux monologues de sourds. Urgence climatique oblige, il ne faut plus convaincre uniquement les convaincus, il faut désormais s’adresser aux autres. Ceux et celles qui banalisent l’urgence. Ceux et celles qui s’en moquent. Ceux et celles qui n’y comprennent rien. Ceux et celles qui n’ont que le mot «économie» à la bouche. À qui faut-il s’adresser? À eux. Nous ne serons jamais aussi nombreux que le jour où même les sceptiques seront convaincus.

À la marche de vendredi dernier, à Trois-Rivières, des milliers de personnes convaincues ont entonné le même refrain. J’y étais, je chantais pareillement. Près de 5000 personnes ont chantonné en chœur les mêmes revendications. Des milliers de convaincus, pancarte à la main. Des milliers de personnes qui auraient pu dialoguer avec le candidat conservateur et lui rappeler, 5000 fois plutôt qu’une, que l’urgence était climatique et non économique. Au lieu de cela, on a préféré demander au «criminel» de s’en aller. On a fermé la porte au dialogue et on a fredonné entre nous.

Comme si Greta Thunberg s’adressait uniquement à d’autres Greta Thunberg. La jeune militante est inspirante. Pourquoi? Entre autres parce qu’elle parle à ceux et à celles qui banalisent l’urgence. À ceux et à celles qui s’en moquent et qui n’y comprennent rien. À ceux et à celles avec qui il faudra inévitablement s’entretenir.

Urgence climatique oblige, l’heure n’est plus aux monologues de sourds. Désormais, il faut s’adresser à ceux et à celles qui ne font rien. Qui n’y croient pas. Il faut les convaincre. Investir leur tribune. Prendre leur micro et tenter de les persuader au mieux, de les influencer au pis. Un candidat à la fois. Ouvrir la porte au dialogue, dis-je, car qui d’autres le fera?

À la marche pour le climat du 27 septembre, je n’ai pas pu m’adresser au candidat conservateur dans Trois-Rivières. Ni à d’autres comme lui. Et pourtant, j’aurais aimé discuter avec eux. J’aurais aimé leur faire comprendre l’étymologie du mot urgence. J’aurais aimé leur présenter la petite fille de six ans qui m’accompagnait. J’aurais aimé qu’ils comprennent pour quoi, pour qui je marchais, pancarte à la main. J’aurais aimé mais… j’ai dû me contenter de chanter entre nous.

Olivier Gamelin

Saint-Maurice