En prévision du dépôt du budget du Québec, les municipalités interpellent le gouvernement pour obtenir un financement adéquat du transport collectif. À elles seules, les villes injectent 2,5 milliards $ annuellement dans ce service à la population.

Mobilité durable: l’inertie coûte cher

L’auteur, Alexandre Cusson, est maire de Drummondville et président de l’Union des municipalités du Québec.

Dans les prochaines semaines, le gouvernement du Québec se dotera d’une politique de mobilité durable abordant tous les modes de transport des personnes et des marchandises dans une perspective intégrée, avec de nouveaux objectifs économiques, sociaux et environnementaux. On sait déjà que la politique visera, notamment, un nouvel équilibre et une meilleure interconnectivité entre les modes de transport des personnes, une réduction de la dépendance à l’automobile, l’amélioration de la sécurité, une utilisation optimale des innovations technologiques et logistiques, une diminution de la consommation énergétique, et surtout, une réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Si les municipalités souscrivent entièrement à ces grandes ambitions, il faudra toutefois que le financement du transport collectif – un volet cardinal de la politique – soit à l’ordre du jour. C’est d’ailleurs pourquoi la mobilité durable est l’un des trois axes prioritaires de la plateforme municipale, que l’UMQ a bâtie dans le cadre des élections provinciales d’octobre 2018, et qui fera l’objet d’un grand forum lors de nos assises annuelles en mai prochain.

Les municipalités injectent chaque année 2,5 milliards de dollars dans le transport collectif, planifient et réalisent des projets de transport collectif et prennent des décisions en matière d’aménagement durable du territoire, qui sont essentielles au déploiement réussi de la nouvelle politique.

Elles ont par ailleurs des besoins démontrés en infrastructures et équipements de transport collectif, se chiffrant à près de 8 milliards de dollars pour les cinq prochaines années, notamment pour l’aménagement de voies dédiées et réservées, l’aménagement de stationnements incitatifs et la location et l’achat d’autobus hybrides.

Les municipalités assument aussi, dans le cadre actuel, la majeure partie des charges d’exploitation du transport collectif. Elles ont, à ce chapitre, un manque à gagner de près de 400 millions de dollars par an, lorsqu’on tient compte de l’achalandage actuellement projeté. Ces coûts aussi augmenteront sous l’effet de la nouvelle politique. Or, la capacité des municipalités à financer ces sommes en croissance est plus que jamais compromise par les limites de la taxation foncière et de la tarification. Une révision du partage des frais d’exploitation est prioritaire à très court terme.

De plus, l’un des éléments de solution à considérer sans délai – et qui ne nécessiterait pas d’injection additionnelle de deniers publics – serait de consacrer la majeure partie de l’enveloppe du Fonds vert au financement du transport collectif – actuellement établi à 34 % –, non seulement pour le maintien des infrastructures, mais aussi pour leur développement. Il serait crucial qu’une décision soit prise en ce sens dans le prochain budget du ministre Carlos Leitão. Ce geste démontrerait que le gouvernement ne fait pas qu’énoncer des objectifs et des priorités en matière de mobilité durable, mais commence à diriger les ressources là où elles doivent l’être, en toute cohérence.

Les municipalités nourrissent donc de grandes attentes envers le prochain budget du Québec et espèrent qu’un financement adéquat du transport collectif sera au cœur des priorités gouvernementales, au bénéfice des citoyennes et des citoyens de toutes les régions du Québec.