Inspiré par le mouvement créé par la jeune militante Greta Thunberg (ci-dessus), l’auteur de ce texte participera à la grande marche pour le climat du 27 septembre prochain. Comme plusieurs, il espère secouer «nos politiciens qui continuent à se contenter de beaux discours pour répondre aux perturbations de plus en plus fréquentes de notre climat».

Mobilisation climatique, élection et position des partis politiques

OPINIONS / L’auteur, Pierre-André Julien, est professeur émérite à l’Institut de recherche sur les PME de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Le 27 septembre prochain, des millions de citoyens seront dans les rues pour manifester en faveur de l’avenir de notre terre, avec l’espoir de secouer nos politiciens qui continuent à se contenter de beaux discours pour répondre aux perturbations de plus en plus fréquentes de notre climat. Que ce soit les inondations, les ouragans, les feux de forêt, mais aussi les canicules qui devraient dépasser 40 C° même chez nous. Alors que nous savons que leur signature à l’Accord de Paris de 2015 sur le climat n’a à peu près rien changé dans leurs décisions, rendant déjà caducs même leurs objectifs pour 2020.

D’autant plus, que le gouvernement fédéral continue à subventionner la production pétrolière avec le projet de 2,6 milliards de dollars de la pétrolière Exxon-Mobil-Impériale dans les sables bitumineux albertains. De son côté, le gouvernement du Québec soutient toujours le projet d’exportation du gaz naturel liquéfié à partir de Grande-Anse. Ce qui fera en sorte que 160 super-méthaniers (300 m sur 50 m) par année sillonneront le Saguenay en plein dans les aires de reproduction des bélugas et des rorquals. Le fédéral faisant de même avec Trans Mountain qui va transporter 300 000 barils par jour de l’Alberta au terminal de Burnaby sur la côte britanno-colombienne et qui expliquera l’arrivée de centaines de superpétroliers qui ne pourront que faire disparaître les derniers épaulards de cette côte.

Mais qu’en est-il avec la campagne électorale en cours? Dans le cas des deux grands partis, la réponse est déjà claire. Pour les libéraux, ce projet est crucial pour ne pas perdre le peu de députés qu’ils ont dans les provinces de l’Ouest. Quant aux conservateurs, c’est encore pire, puisqu’après l’abolition de la taxe sur le carbone, pourtant déjà trop faible selon l’OCDE, leur seule stratégie est de promettre de nouvelles techniques pour absorber le CO2. Et nul besoin de parler du Parti populaire, qui nie même le problème.

Pour les néo-démocrates, c’est un peu plus compliqué, car, même s’ils se réclament de la lutte contre le réchauffement climatique, leur présence dans l’Ouest les oblige à être prudents pour ne pas nuire à leur parti au plan provincial. Quant au Parti vert, son objectif pour protéger la planète est clair tout en ayant des députés ou des candidats qui ont des positions plus modérées, y compris quand il s’agit d’autres préoccupations comme l’avortement. Reste donc le Bloc québécois qui est non seulement clairement pro-environnement, mais qui affirme que seul le Québec peut devenir graduellement un exemple environnemental mondial pour l’avenir avec son électricité propre, ses forêts et ses centaines de milliers de lacs. Comme devrait le répéter la jeune Greta Thunberg quand elle sera à Montréal.

Évidemment, cela demande une participation très forte de la population à cette mobilisation. Mobilisation non seulement pour rappeler que la terre crie, mais aussi pour expliquer qu’un tel changement en faveur de la nature devrait entraîner dans une dizaine d’années des économies de plus de 1700 milliards de dollars juste du côté du transport en commun dans nos villes. Comme vient de l’évaluer la Commission mondiale sur l’économie et le climat.

Et ces économies peuvent aussi toucher l’agriculture, comme le démontrent toutes ces fermes rentables qui recourent à des productions mixtes et à la biologie, à l’encontre du glyphosate et autres néonicotinoïdes qui tuent les abeilles à la base de la pollinisation, ou encore les oiseaux gobant des milliards de milliards d’insectes nuisibles. Mais aussi toucher l’industrie avec ses centaines de firmes qui réutilisent leurs rebuts pour en tirer de nouveaux produits, comme le chitosan à partir des carapaces des crustacés. De même, de nouvelles entreprises se créent pour développer des plantes afin de dépolluer l’eau des résidus pharmaceutiques, ou encore pour réutiliser les 58 % de produits alimentaires gaspillés. Comme vient de le démontrer la Commission mondiale sur l’adaptation. Et tout cela à base de PME du fait de leur plus grande flexibilité dans cette adaptation, et de proximité des employés et des clients à même de réagir et de faire savoir leurs préoccupations auprès de leur direction.

Bref, cette grande manifestation mondiale a justement pour but de réveiller sérieusement nos dirigeants, en particulier durant cette campagne électorale, en leur démontrant qu’il n’est pas trop tard pour agir réellement et rapidement. À la condition que le plus grand nombre y participent.