Missions militaires humanitaires: oui, mais…

OPINIONS / En réaction à la lettre de Claude Villemure intitulée «Les Forces armées canadiennes et l’aide internationale», publiée dans notre édition du 26 octobre dernier.

Dans une lettre ouverte publiée le 26 octobre dernier en réponse à une lettre du Comité de Solidarité – Trois-Rivières (CS3R), M. Claude Villemure considère que le représentant du CS3R «fait un triste amalgame des budgets de la Défense nationale du Canada et ceux attribués à l’aide internationale». M. Villemure soutient dans sa lettre que le rôle des forces armées canadiennes est de protéger la souveraineté canadienne. On peut pourtant se demander en quoi la souveraineté du Canada était menacée lorsque ce dernier a participé aux guerres en Libye, en Afghanistan et plus récemment en Irak.

J’aimerais aussi comprendre comment l’achat de sous-marins, de F-18 et de bateaux de guerre peut contribuer à la paix et à la sécurité internationales?

J’y verrais plutôt le résultat d’un fort lobbying des multinationales de l’armement qui ont réussi à faire dépenser aux gouvernements de la planète la somme astronomique de 1822 milliards de dollars en 2018, dont une part significative a justement contribué à engraisser le portefeuille de leurs actionnaires.

D’ailleurs, c’est aussi avec succès qu’ils ont convaincu le ministre de la Défense, d’annoncer que le budget de la Défense canadienne passera de 18,9 milliards $ (2017) à 32,7 milliards $ en 2027 (40 % d’augmentation). Peut-on vraiment croire que ces milliards qui serviront notamment à acheter des armes encore plus meurtrières seront dépensés pour permettre aux soldats de notre armée de mener des missions humanitaires ou de maintien de la paix?

Les 88 nouveaux avions de chasse et les 15 navires de guerre que prévoit acheter le Canada et qui coûteront respectivement environ 19 milliards $ et 60 milliards $ vont-ils vraiment contribuer à aider les populations vulnérables du Canada et ailleurs dans le monde?

Surtout si l’on tient compte, comme le soulignait Jocelyn Coulon au journal Le Devoir, du fait que «pendant les crises, le Canada est en mesure de déployer environ 3000, 3500 militaires» sur les 65 000 soldats que compte actuellement l’armée canadienne. En terme d’efficacité on peut sûrement faire mieux...

À l’inverse, combien coûterait un programme de lutte à la pauvreté et de prévention des conflits armés dans le monde? Sans le lobby puissant des fabricants d’armes et sans les discours belliqueux des «va-t-en-guerre», nous pourrions véritablement consacrer une part appréciable des sommes actuellement gaspillées en quincaillerie et en coûteuses interventions militaires pour améliorer rapidement le sort de centaines de millions de personnes ici et ailleurs dans le monde.

La logique coloniale qui soutient le système actuel part du principe que les ressources et les richesses des pays du Sud doivent être siphonnées vers les pays riches.

Pour y arriver, le club de ces pays riches, regroupés au sein de l’OTAN, utilise des arguments «musclés» pour ramener les récalcitrants à la raison. Dans cette logique, une trop grande part des richesses des pays développés sont habilement canalisées vers le complexe militaro-industriel.

Malheureusement pour nous, cette stratégie fonctionne très bien, et ce, sous le couvert d’une aide «trompeusement» humanitaire.

Les femmes et les hommes courageux qui s’enrôlent dans les forces armées sont malheureusement trop souvent instrumentalisés en plus de ne pas recevoir l’aide adéquate au retour de missions souvent traumatisantes.

Pierre Lavergne

Trois-Rivières