Plusieurs corvées de nettoyage ont eu lieu, ces dernières années, sur les berges de la rivière Millette. Mais voilà que cette oasis naturelle en pleine ville pourrait être menacée par un projet résidentiel.

Menace sur la rivière Millette

OPINIONS / Quelle ne fut pas notre surprise – pour ne pas dire notre consternation – de voir pousser récemment une pancarte «À vendre» sur l’un des rares terrains boisés restant de la somptueuse rivière Millette.

Ce boisé, enclavé entre la Côte Rosemont et le secteur Adélard-Dugré, bordé au nord par le boulevard des Chenaux, abrite l’un des embranchements de la rivière Millette. Zoné résidentiel multilogements, il pourrait fort bien, sous peu, faire place à un énième développement de type condos, bien qu’une partie soit située en zone humide. Il suffit d’ailleurs de se rappeler que le secteur HLM Adélard-Dugré a fait l’objet d’une reconstruction complète il y a quelques années en raison de sa localisation sur un milieu humide.

Pourtant, de plus en plus nombreux et nombreuses sont les citoyennes et citoyens qui fréquentent cet îlot de nature en plein cœur de la ville avec l’impression qu’un petit bout de parc de la Mauricie s’est égaré à Trois-Rivières. Tant pour le CPE voisin, que l’école secondaire Keranna, ou les personnes résidant aux alentours, cet espace est un lieu de ressourcement privilégié dans le tumulte urbain.

Depuis plusieurs années, nous travaillons d’arrache-pied pour redonner à cet espace écologique ses lettres de noblesse. Après que l’organisme les Piliers Verts ait piloté une vingtaine de corvées de nettoyage en six ans, ayant mené au retrait de 55 tonnes de déchets, et réunissant des gens de tous âges et de toutes origines, l’aire écologique de la rivière Millette a pu voir le jour officiellement en 2016 et des aménagements (passerelles, escaliers) ont été installés par la Ville de Trois-Rivières et la Fondation Trois-Rivières durable pour y faciliter la promenade sécuritaire.

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Ce travail de longue haleine, qui a impliqué de nombreux organismes partenaires, notamment les jeunes de la Brigade écolo de la Maison Coup de pouce, mais aussi toute la communauté alentour, a d’ailleurs été souligné par de nombreux prix de reconnaissance, dont le prix Action de la Fondation David Suzuki, celui-ci étant lui-même venu sur place remettre le prix en 2016. Un chapitre complet du livre Demain, le Québec, qui présente des initiatives inspirantes partout au Québec, lui est consacré.

Et le travail se poursuit encore aujourd’hui avec la formation d’un comité de concertation réunissant une quinzaine de partenaires qui se penchent sur la mise en valeur de l’ensemble du bassin versant de cette rivière urbaine remarquable. Il fait même l’objet d’un projet de recherche multidisciplinaire de l’UQTR.

Dans un contexte d’urgence climatique, de lutte aux îlots de chaleur en milieu urbain, de préservation des milieux humides, alors que la tendance semble plutôt à vouloir planter beaucoup d’arbres, comment imaginer qu’un boisé d’une telle valeur écologique et sociale pourrait être en bonne partie mutilé pour faire place à des condos?

Après tant d’heures, de sueur et de cœur, nous ne pouvons rester les bras croisés devant la menace d’une telle régression. Mobilisons-nous pour agir ensemble à la préservation de ce poumon forestier en ville.

Valérie Delage, Javier Escamilla, Natalia Conde, Jakeline Marin, Richard Grenier, Julie Fradette, Nancy Baril, Juliana Escamilla, Myriam Blais, Solange Deraîche, Michelle Duarte, Lyda Escamilla, Lyne Bernatchez, Florie Grenier, Camilo Escamilla, Jean-François Dragon, Maude-Amie Tremblay

Trois-Rivières