Même le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs préconise l’abstinence à l’insecticide Bti

OPINIONS / Dans un document produit par le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), intitulé «Orientation relative au contrôle des insectes piqueurs à l’aide du Bti et Bsph», on retrouve de l’information fort intéressante sur ce que ce ministère pense de l’insecticide Bti. On peut y lire leurs recommandations et réserves par rapport à ce pesticide. Vous pouvez retrouver ce document sur le site web du MFFP.

Question d’alléger la tâche du lecteur, voici des extraits forts intéressants de la réflexion du MFFP. Entre crochets, je me suis permis d’apporter des annotations ou des réflexions.

On peut y lire:

- que le Bti peut avoir des répercussions sur le fonctionnement des réseaux trophiques [chaîne alimentaire] et des écosystèmes;

- que la tolérance individuelle à la nuisance causée par ces insectes semble avoir diminué [autrement dit, une augmentation de l’intolérance];

- que le lobbying par différents acteurs influence la prise de décision [ce n’est pas moi qui l’ai dit];

- que la notion d’acceptabilité sociale est encore controversée quand il s’agit d’apprécier le risque vectoriel [l’INSPQ et le gouvernement du Québec ne croient pas que l’utilisation du Bti réduit le risque de propagation du virus du Nil occidental];

- qu’il est important que le promoteur s’assure, en plus d’éviter et de minimiser les impacts écologiques, de l’acceptabilité sociale de son projet d’épandage de Bti et qu’il présente des méthodes alternatives [ne pas confondre le sondage de 2019 à Trois-Rivières, qui portait sur la perception du service de contrôle des insectes piqueurs, avec un sondage sur l’acceptabilité sociale];

- que les chironomes [insectes non piqueurs] constituent souvent les diptères les plus abondants des milieux humides et les milieux aquatiques et peuvent être réduits de 65 % à plus de 90 % [en pleine période de reproduction des insectivores, comme les hirondelles, qui ont un énorme besoin d’insectes pour leurs petits];

- que les produits de Bti utilisés peuvent entraîner des impacts physiologiques sur les têtards, même à des concentrations qui n’ont pas d’impacts létaux. Et que l’application répétitive augmente cet impact [information extraite d’études récentes faites sur le long terme];

- que la réduction des insectes émergents peut avoir des effets indirects sur le réseau trophique: a) Réduction de la nourriture disponible pour les populations d’insectes prédateurs comme les libellules et les araignées [eux-mêmes étant de la nourriture pour les insectivores]; b) Modification du comportement de chasse des oiseaux insectivores; c) Impact potentiel sur la reproduction de la sauvagine; d) Impact potentiel sur la migration des oiseaux insectivores, puisque les pics d’émergences des chironomes correspondent aux périodes de migration;

- que le MFFP recommande d’utiliser des méthodes alternatives et économiques pour les municipalités, telles que les pièges à moustiques [l’épandage du Bti coûte 1,2 million $ par année aux citoyens de Trois-Rivières, et ce, à chaque année];

- que le MFFP préconise aussi le principe de précaution [la déclaration de Rio sur l’environnement et le développement adoptée en 1992 lors du Sommet de la Terre énonçait qu’«en cas de risque de dommages graves ou irréversibles, l’absence de certitude scientifique absolue ne doit pas servir de prétexte pour remettre à plus tard l’adoption de mesures effectives visant à prévenir la dégradation de l’environnement». Certaines personnes interprètent ce principe de précaution par le fait que l’épandage est autorisé par le ministère de l‘Environnement et que les produits sont homologués par Santé Canada. Cette dernière interprétation est loin d’être dans l’esprit du principe].

Dans la bibliographie du document, il y a plusieurs études récentes dont la Ville de Trois-Rivières devrait prendre acte.

Christiane Bernier

Trois-Rivières