L’auteur de cette lettre trouve que le fonctionnement de certains GMF laisse à désirer en raison de leur structure fonctionnelle.

Médecine familiale ou médecine d’urgence?

OPINIONS / L’implantation des groupes de médecine familiale se poursuit avec beaucoup d’hésitation depuis plusieurs années. Il serait bon de souligner les efforts et le professionnalisme des médecins et du personnel de soutien, car plusieurs de ces GMF fonctionnent à merveille.

Cependant, le fonctionnement de certains GMF laisse à désirer en raison de leur structure fonctionnelle. C’est le cas de mon groupe qui s’est éloigné considérablement de sa mission initiale: un médecin qui s’occupe d’un groupe de patients; «de leur santé globale, les soins et la prévention».

Dans mon GMF, les trois médecins du groupe ont décidé de ne plus prendre de rendez-vous réguliers. Mon médecin m’a expliqué qu’il privilégiait mettre sa disponibilité pour recevoir ses clients lorsqu’ils sont dans de situations d’urgence. Alors, tous les clients du groupe sont rencontrés par «un médecin», seulement s’il s’agit d’une urgence grave; le patient est alors reçu en urgence dans les prochains jours.

C’est l’idéal pour un bobo ponctuel, une grippe ou autre infection, mais pour les problèmes qui exigent une étude plus approfondie, ça devient problématique.

À l’urgence, le médecin a comme consigne de s’occuper, seulement, de ce qui vous amène à l’urgence. Si le patient a plusieurs «bobos», on vous dit: «Prenez un rendez-vous avec votre médecin de famille attitré»; mais lui, il ne prend plus de rendez-vous réguliers. Trouvez l’erreur!

Comme son nom l’indique, c’est une médecine d’urgence; même avec sa bonne volonté, le médecin qui reçoit un patient qui n’est pas dans son groupe n’a pas le temps d’investiguer en profondeur. D’ailleurs, ce n’est pas la mission de l’urgence. C’est un peu la méthode chinoise: «Tu repasseras».

À l’urgence, j’ai une chance sur trois que ce soit «mon médecin» qui me reçoive. Je n’ai pas le sentiment d’avoir réellement «mon médecin de famille».

Comme il n’y a plus de rendez- vous réguliers, je n’ai aucune chance de discuter de problèmes de santé, qui pour moi sont sérieux et nécessiteraient plus d’investigation. Il n’y a plus de rencontre annuelle systématique. Le renouvellement des prescriptions est passé de 12 à 18 mois; de ce fait, moins de contacts personnels.

Même s’il y a beaucoup de bonne volonté et un grand dévouement de la part du personnel, c’est le système organisationnel du travail, qui est en cause; il n’y a plus cette relation: «médecin-patient». Ce système est idéal pour les patients dans la fleur de l’âge, car ceux-ci ont besoin de voir leur médecin moins souvent.

Pour les patients plus âgés, c’est très différent; car plusieurs sont atteints d’arthrose, dans les articulations, produisant des douleurs pénibles qui les empêchent souvent de dormir.

Bien sûr, à force d’insistance, on finit par vous rediriger vers la «clinique de la douleur», pour une infiltration de cortisone, mais, comme c’est la planche de salut de plusieurs généralistes, la clinique déborde; il n’y a pas assez de personnel pour suffire à la tâche. Pour le système, une attente de deux ou trois mois est «normale». Mais, lorsque tu as du mal et que tu as de la difficulté à dormir; deux mois, c’est très, très long. Pour moi, une attente de plus de deux semaines, c’est inacceptable.

Heureusement, le système est très ouvert à donner les soins de confort, aux patients «en phase terminale»; mais, on ne semble pas aussi ouverts à donner les mêmes soins aux patients «en phase active».

Même à 83 ans, je m’entraîne, trois fois par semaine, et j’ai une vie active. Cependant, je ne suis pas encore «prêt» à me renfermer dans un CHSLD, pour profiter «des soins de confort».

Pour moi, cette vision de la «phase active» devrait être aussi évidente que «les soins de confort en phase terminale».

Gaétan Yelle

Trois-Rivières