Mathieu Bock-Côté

Mathieu Bock-Côté: l’importance de la raison dans le débat public

OPINIONS / Le nouvel ouvrage de Mathieu Bock-Côté, L’empire du politiquement correct, sorti le 25 avril au Québec, est une contribution lumineuse sur l’importance de la liberté d’expression dans une société démocratique. Devant la montée du nouveau régime diversitaire, Mathieu Bock-Côté incite à la méfiance et à la prudence. Par-delà les nomenclatures «gauche-droite» ou «démocrate-conservateur», MBC se propose d’analyser le «politiquement correct». Une culture qui repose sur de la surveillance généralisée. La conversation publique est de moins en moins apaisée, un changement de civilisation est encouragé et souhaité par un mouvement émancipateur et un militantisme transgressif. L’auteur s’inquiète que le résidu du monde ancien ne soit même plus considéré comme porteur de permanences anthropologiques.

Mais le réel reprend ses droits, nous rappelle MBC. La nature reprend ses droits car l’être humain ne peut se purger de son existence historique et renaître d’une matrice démiurgique sans mesure. Et c’est là que MBC est le plus juste: plutôt que de glorifier la marche du progrès de manière festive et juvénile, il rappelle l’importance de se méfier «d’un monde absolument rationalisé, arraché à l’histoire, lavé du passé, étranger aux limites anthropologiques» (p. 198).

Mathieu Bock-Côté n’est pas un réactionnaire; il est cet homme qui propose une critique de la démesure moderne (hubris). Un homme qui entend proposer des pistes pour civiliser la modernité, la contenir. Il est à la recherche de limites, avec ses concitoyens, pour aussi cultiver le sens de la finitude. Il rappelle que l’homme ne se sera jamais dévasté complètement, même par la cité la plus mauvaise. Il souhaite aussi fonder finalement «la liberté humaine sur la part éternelle de l’homme» (p. 250).

Je me réjouis de cette lecture. Et aussi de savoir que M. Bock-Côté est dans la région (à la librairie Poirier) ce mardi pour parler de son livre et du Québec, qu’il aime de tout son cœur.

Réjean Boivin

Trois-Rivières