Maternelle 4 ans: dans le respect des besoins des enfants

OPINIONS / L’auteure, Josée Scalabrini, est présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ). Le déploiement de la maternelle 4 ans pour tous les enfants fait craindre le pire à des organisations touchées par ce projet gouvernemental.

En effet, depuis le dépôt du projet de loi n° 5, Loi modifiant la Loi sur l’instruction publique et d’autres dispositions à l’égard des services de l’éducation préscolaire destinés aux élèves âgés de 4 ans, les passions se déchaînent et ces mêmes organisations se permettent, malheureusement, de démoniser à tort les services offerts dans les classes de maternelle 4 ans déjà mises en place. J’invite celles-ci à être prudentes avant d’avancer des propos sur des sujets dont elles ne sont pas les expertes.

Je me permets donc aujourd’hui de vous parler des classes de maternelle 4 ans et de tout ce qui se fait de bien et de beau dans ces 398 classes aux quatre coins du Québec. Les enseignantes et enseignants qui y travaillent font preuve d’un extraordinaire professionnalisme et d’une grande sensibilité à l’égard des besoins et des capacités des enfants de cet âge.

Clarifions d’abord une chose: un enfant en maternelle 4 ans est bien loin d’être assis à un bureau toute la journée dans une approche de scolarisation précoce. Le programme éducatif ne vise pas l’apprentissage de la lecture, de l’écriture ou de la numération, mais plutôt le développement global de l’enfant. Il intègre des éléments d’apprentissage associés à la réussite ultérieure dans un but de prévention et d’égalité des chances, tout en respectant le rythme de développement de chaque enfant. Ainsi, l’enfant expérimente, observe, réfléchit, manipule et développe des habiletés et des compétences à travers divers types de jeux ou d’activités d’apprentissage initiés par lui ou par l’enseignante ou l’enseignant.

Qui plus est, les apprentissages, les habiletés et les compétences ne sont pas évalués à proprement dit comme au primaire. Ils sont plutôt observés et interprétés par l’enseignante ou l’enseignant afin de suivre l’évolution de l’enfant et d’en informer les parents.

Il m’apparaît opportun ici de replacer la position de la Fédération des syndicats de l’enseignement (CSQ). La maternelle 4 ans vise le développement global de chaque enfant et la prévention des difficultés ultérieures, sans aucunement dériver vers une visée de scolarisation précoce.

Ce que nous déplorons est que, plutôt que de réunir les facteurs de qualité essentiels au déploiement de la maternelle 4 ans, le gouvernement a choisi son développement mur à mur, et ce, sans égard à la pression énorme que connaît l’école.

Parce qu’il y a urgence d’agir pour les enfants qui ne reçoivent aucun service éducatif, parce que les services offerts à la petite enfance sont de qualité, parce qu’il manque de locaux adaptés dans nos écoles, parce que nous faisons face à une pénurie d’enseignantes et d’enseignants et parce qu’il manque cruellement de ressources matérielles et humaines pour répondre aux besoins des élèves, nous croyons qu’il faut déployer les classes de maternelle 4 ans en fonction des besoins et des réalités des milieux, en complémentarité avec les services éducatifs à la petite enfance, et non pas les déployer mur à mur.

Depuis des mois, j’ai placé l’éducation, la réussite éducative et les conditions d’apprentissage et d’enseignement en priorité dans ce débat et refusé de tenir une position corporatiste à ce sujet. Je tiens à rappeler que si on s’attaque au personnel enseignant de maternelle 4 ans et à la qualité des services offerts, toute organisation, chercheur ou éditorialiste me trouvera sur sa route! Pour moi, il est essentiel qu’un portrait clair, véridique et cohérent soit mis de l’avant dans le débat. Il est aussi essentiel d’avoir en tête la réussite scolaire et éducative des élèves, sans opposer le réseau scolaire à celui des services éducatifs à la petite enfance.