L’auteure a trouvé une façon significative d’expliquer la tragédie de Polytechnique à sa fillette de huit ans.
L’auteure a trouvé une façon significative d’expliquer la tragédie de Polytechnique à sa fillette de huit ans.

«Maman, c’est quoi, ça?»

Ce matin, je scroll mon fil Facebook au lit, quand Estelle arrive à côté de moi et aperçoit une photo des 14 faisceaux du Mont-Royal.

– Maman, c’est quoi, ça?

Ouf. Puis-je raconter la vérité à une enfant de huit ans? Je n’ai pas le temps de réfléchir longtemps. Je plonge, à voix basse, en mettant tout l’amour que j’ai pour elle dans ma réponse.

– Ça, ma puce, ce sont 14 lumières pointées vers le ciel. Elles sont installées sur le Mont-Royal en mémoire de 14 femmes qui ont été tuées quand elles étaient à l’université, il y a 30 ans.

– Pourquoi?

– C’est difficile à comprendre. Cette journée-là, un homme armé est entré dans l’école...

– C’est difficile, entrer dans une école, comment il a fait?

– À l’université, c’est facile entrer dans une école. Il devait ressembler à un étudiant. Alors, il est entré dans l’école, est allé dans une classe, a fait sortir les hommes et, ensuite, il a tué 14 femmes.

– Mais il est fou!

– Un peu, oui...

– Mais pourquoi les filles se sont pas sauvées ou défendues?

– Il avait un fusil...

– Hein? Un fusil? Mais pourquoi il a fait ça?

– C’était un attentat antiféministe. Contre les femmes. Cet homme-là, il était convaincu que si, lui, n’avait pas certaines choses dans la vie, c’est parce que les femmes les lui avaient enlevées ou l’avaient empêché de les avoir.

– Hein? Mais c’est fou. Est-ce qu’il est né comme ça???

– Je ne pense pas. Il a sans doute vécu une situation où il s’est senti persécuté...

– C’est quoi «persécuté»?

– Où il a senti qu’une femme a fait quelque chose pour lui faire du mal, et il s’est mis à la détester et, au fil des années, à détester toutes les femmes. Les 14 femmes qui ont été tuées étaient super intelligentes. Elles étudiaient pour devenir ingénieures...

– Comment il s’appelle, celui qui a fait ça?

– Marc Lépine.

– Est-ce qu’il est encore vivant et en prison?

– Non. Il est mort.

– Pourquoi?

– Parce qu’après les avoir tuées, il s’est tué.

– Hein? Comment?

– Il a retourné son arme contre lui.

– Est-ce que je vais pouvoir en parler avec mes amies à l’école?

– Je préfère pas. C’est compliqué et super sensible, on ne peut pas aborder le sujet n’importe comment. J’aimerais mieux que ce soit les parents de tes ami.e.s qui leur en parlent d’abord.

– Ok... Maman? J’ai un peu peur.

– Ça va aller, ma puce. Au Québec, c’est difficile d’avoir accès à une arme, ça arrive très, très, très rarement des événements comme ça. Mais aux États-Unis, il y a des fusillades chaque semaine.

– Chaque semaine???

– Oui...

– Est-ce que je peux voir sa photo, à Marc Lépine?

– Non. C’est pas de lui qu’il faut se souvenir, ma puce. C’est des 14 victimes... Je t’aime.

– Moi aussi, je t’aime.

Josiane Cossette

Montréal

Originaire de Grand-Mère