Mais qu’est-ce que le cynisme?

L’auteur, Sylvain J. Fafard, habite Saint-Boniface. Il est retraité du Service de police de la Ville de Montréal et candidat au doctorat en philosophie. Il réagit ici aux opinions sur le cynisme parues dans ces pages le 5 et le 17 janvier.

Je vais tenter d’expliquer brièvement la notion du cynisme moderne.

Le mot cynisme est à la mode, mais il est malheureusement utilisé à toutes les sauces. Il nous faut d’abord en connaître le sens et ce que l’on entend en traitant du cynisme. Nous avons tous à l’esprit le groupe d’humoristes des années soixante, mais c’est beaucoup plus profond, d’autant plus que le cynisme tel qu’il aurait dû être véhiculé a été perverti et est vu aujourd’hui négativement. Parce qu’il est vu de façon négative, il est aussi véhiculé de manière négative.

De manière générale, les gens n’ont pas tort de comprendre qu’il existe une forme de cynisme dans plusieurs aspects du quotidien, mais est-ce que réellement leur entendement est «correct» en relation avec leur perception? Un homme s’est attardé au cynisme moderne dans son entièreté, un seul: Peter Sloterdijk (Critique de la raison cynique, 1984). J’ai déposé un mémoire en 2017 qui s’intitule «Cynisme et argent», j’ai donc eu l’opportunité de traiter de tous ses aspects durant quelques années.

Cynisme social, cynisme économique, cynisme politique, cynisme religieux, cynisme philosophique, nommez-les, il y en a toute une panoplie. Mais c’est le même mot qui revient: cynisme. C’est Justin Trudeau qui l’a remis sur la sellette lorsqu’il a été élu et nommé premier ministre: «C’en est fini du cynisme», a-t-il clamé haut et fort dans son discours de victoire. Depuis ce jour, le mot ressurgit quotidiennement.

Mais qu’est-ce donc le cynisme, me direz-vous? Je vais le résumer ainsi: savoir pour pouvoir. Si je sais, je ne peux plus «ne pas savoir».

Or, je suis en position de pouvoir sur celui qui ne sait pas et je vais m’assurer de ne pas être dépassé. Ce n’est même pas une question d’argent et c’est pour ça que je m’insurge lorsque les gens me disent que c’est «payant» ou qu’il y a nécessairement une relation économique. S’il existe une monnaie en relation avec le cynisme, je la nommerais «valeurs». Pourquoi? Parce que le cynique moderne s’assure de niveler les valeurs hautes vers le bas et les bassesses sont relayées au même niveau de sorte que la majorité des individus n’arrivent plus à les distinguer. L’honnêteté, l’amour, le vice, les enveloppes brunes, etc. C’est ce qui contribue aux effets délétères dans nos sociétés.

Alors, dès que le mot «cynisme» ressort d’une conversation, en relation soit avec les enveloppes brunes, les politiciens, les individus, les entreprises, etc., c’est parce qu’il y a quelque chose en relation avec leurs valeurs profondes qui cloche et la majorité des individus n’arrivent pas à mettre pas le doigt — et notez bien ici que je n’ai pas écrit économique, politique, social, etc., car le cynisme n’est pas politique, ni économique ni social, il y a toujours quelqu’un derrière le cynisme. Pourquoi? Par exemple, ce n’est pas LA politique qui est cynique, mais bien LE politique qui, par son savoir, contribue à alimenter le cynisme politique et s’assure que l’autre ne possédera pas un savoir plus fort que le sien. C’est là qu’apparaissent toutes les bassesses.

Très certainement, je ne vais pas ici écrire cent pages pour expliquer ce qu’est le cynisme, mais au moins je partage avec vous l’essentiel de ce que l’on doit comprendre en employant le mot cynique. Le malaise est beaucoup plus profond que ce que l’on peut imaginer. Le cynisme moderne est un cancer qui ronge. Certains me demanderont: «Sylvain, qu’est-ce qui me dit que tu ne me caches pas tes connaissances et que tu es toi-même cynique?» Je réponds tout ce qui a été dit précédemment et que si un drapeau rouge se lève, c’est que nous avons le devoir en tant qu’individus d’éclairer cette alarme au sein de notre conscience. Comment s’en sortir? Par l’éducation, mais nous savons que ceux qui savent ne veulent pas que l’on sache trop… Alors, c’est partiellement avec le cynisme de l’Antiquité, qui était une philosophie de vie naturelle, que l’on peut vaincre le cynisme moderne, mais c’est un autre sujet.

Quant au mémoire, vous pouvez très certainement y avoir accès en le téléchargeant quelque part.