Le remous causé par la saga de la vente du temple Saint-Jean-de-Brébeuf à la communauté musulmane mérite qu’on y réfléchisse plus à fond.

«Mais il y avait les autres, les étrangers.» – Pauline Julien

OPINIONS / Le remous causé par la saga de la vente du temple Saint-Jean-de-Brébeuf à la communauté musulmane mérite qu’on y réfléchisse plus à fond. La photo publiée par Le Nouvelliste montre une assemblée de quelque 80 personnes appartenant au même groupe d’âge de têtes chenues. Aucune famille, aucun jeune: est-ce là ce qu’on appelle une communauté? Il m’apparaît clairement que cette agitation émotionnelle n’est pas le fait d’une église vivante et agissante, mais bien d’un groupe de personnes déçues et décontenancées par la perte d’influence d’une église jadis triomphante, autoritaire et cléricale qui vit une crise majeure.

Jeune octogénaire, je fais partie de ces croyants qui ont vécu cette chrétienté tricotée serrée, mais je ne peux que me dissocier de cette décision de ne pas vendre à la communauté musulmane ce local devenu inutile par manque de fidèles. Les marguilliers ont pris une décision intelligente et rationnelle. Le prix offert est plus que raisonnable. M. l’évêque Bouchard a réagi avec prudence en regrettant toute la charge d’islamophobie exprimée par des gens qui s’affirment catholiques et en s’excusant auprès des Québécoises et Québécois de religion musulmane. Je suggère qu’il fasse preuve de prophétisme en avalisant cette vente, sans se laisser intimider par des arguments fallacieux et haineux.

Il faut bien se le dire, le message chrétien est clair: «J’étais étranger et vous m’avez accueilli.» Ce message est incarné à Trois-Rivières de façon très explicite dans des groupes ou organisations qui ne sont pas religieuses et par des tenants d’autres croyances aussi bien que par des non-croyants. J’en suis témoin à COMSEP (Centre d’organisation mauricien de services et d’éducation populaire), au SANA (Service d’aide aux nouveaux arrivants), au Comité de Solidarité – Trois-Rivières pour n’en citer que trois. Le message de Jésus de Nazareth est sorti des frontières institutionnelles et il s’exprime dans la solidarité avec les personnes appauvries, exclues, rejetées. Catholiques, nous avons évacué trop souvent la solidarité avec nos semblables pour nous concentrer sur des cérémonies désincarnées supposées nous assurer un au-delà sécuritaire. Jésus adresse ses plus sévères reproches à de tels religieux: pharisiens hypocrites, race de vipères, sépulcres blanchis, assassins de prophètes.

Allié militaire des États-Unis, notre pays a contribué à détruire de fond en comble, durant les dernières décennies, l’Afghanistan, l’Irak, la Lybie, la Syrie et maintenant le Yémen en vendant des blindés à l’Arabie saoudite, provocant ainsi l’exode de millions de personnes réfugiées. Des millions de personnes ont été chassés de chez elles. Par ailleurs, le Québec a ouvert ses portes à des francophones du Maghreb pour qu’ils viennent s’installer chez nous. Ces immigrants, dont la culture est caractérisée par l’hospitalité, méritent que nous les accueillions avec ouverture, chaleur et fraternité. Ils sont nos frères, elles sont nos sœurs. Ne nous laissons pas entraîner par la haine ou la peur de l’autre.

À tous mes concitoyens musulmans, je dis de tout cœur: Assalam aleikum! La paix soit avec vous! Vous êtes ici chez vous!

Claude Lacaille

Trois-Rivières