Selon l’auteur de cette lettre, bon nombre d’entreprises aimeraient garder les travailleurs qui sont sur le point de prendre leur retraite, mais ne veulent pas nécessairement reconsidérer leurs tâches.

Maintien des travailleurs plus âgés à l’emploi: un vœu pieux!

OPINIONS / Depuis quelque temps, en raison de la pénurie de personnel, les campagnes de sensibilisation pour le maintien à l’emploi de travailleuses et travailleurs à l’approche de la retraite (baby-boomers) visent principalement les travailleurs en tant que tels. C’est ce qu’on ressent quand on s’arrête aux publicités et reportages en ce sens. Nous avons l’impression qu’uniquement les travailleuses et travailleurs plus âgés sont ciblés. Il va de soi que c’est une décision mûrement réfléchie, leur appartient.

Les sexagénaires et dans certains cas les septuagénaires qui sont en mesure de poursuivre leur emploi sont souvent hypothéqués physiquement soit par leur âge ou par d’anciennes blessures qui les ralentissent ou qui les essoufflent plus rapidement qu’un travailleur plus jeune. Les risques de blessures lors de travaux plus physiques sont exponentiellement plus grands et des blessures plus importantes.

Qu’en est-il de la sensibilisation des employeurs?

Bon nombre d’entreprises sont prêtes à garder ce personnel, mais ne veulent pas nécessairement reconsidérer leurs tâches. Dans certains cas, ils tentent de redéployer ces gens à des postes et des heures que personne ne veut. Ces sociétés doivent être prêtes à mesurer la capacité et les limites de ces employés qui peuvent différer grandement d’un à l’autre.

À cet égard, Jean Boulet, ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale et ministre responsable de la région de la Mauricie, demandait aux entreprises il y a quelque temps d’être accommodantes. «Les employeurs devront donc améliorer diverses conditions pour attirer la main-d’œuvre ou la garder, comme les horaires, les salaires et autres bénéfices et faire preuve de flexibilité», a-t-il fait valoir. Mais au-delà des belles paroles et discours, qu’en est-il concrètement des mesures que les instances gouvernementales comptent appliquées auprès des employeurs pour favoriser le maintien de ces travailleurs à l’emploi, mais aussi protéger la santé de cette catégorie de travailleurs.

Sont-ils vraiment préparés à absorber cette main d’œuvre expérimentée?

Pas vraiment, du moins pour certains employeurs, particulièrement les grandes entreprises. Dans les faits, les compagnies vont établir des philosophies en ce sens. Je ne suis pas convaincu que dans le concret du quotidien, les contremaîtres, chefs d’équipes ou superviseurs, de qui on attend des résultats, seront en mesure de faire la différence. Ils demanderont au jour le jour à ces travailleurs d’en faire un petit peu plus et un petit peu plus, plusieurs n’oseront pas refuser, au risque de se blesser, pour éviter de générer des conflits.

Pour arriver à garder cette catégorie de gens à l’emploi, autant les gouvernements, les entreprises, les différentes organisations syndicales, de protection des employés et principalement les boomers eux-mêmes, doivent établir en collégialité un cadre de travail particulier. Ces mesures devront être respectées d’une manière exemplaire, de part et d’autre, si on ne veut pas tôt ou tard, payer le coût social de blessures potentielles. Ça, ce n’est pas évident.

Au-delà de ce coût social, il y a le coût humain!

Pierre Beaudin

Trois-Rivières