Lutte au suicide et aux inégalités: une cause commune

OPINIONS / L’auteur, Marc Benoît, est coordonnateur du Regroupement des organismes d’éducation populaire autonome de la Mauricie.

«Les inégalités tuent à grande échelle», affirmait, déjà en 2008, l’Organisation mondiale de la santé. Une affirmation à laquelle faisait écho le directeur de santé publique dans le rapport présenté en 2012 sur les inégalités de santé en Mauricie et au Centre-du-Québec en déclarant: «Les personnes les plus défavorisées, économiquement et socialement, sont aussi les plus vulnérables sur le plan de la santé physique et mentale».

En cette Semaine de prévention du suicide, il est pertinent de dire que l’affirmation de l’OMS et celle du directeur de la santé publique valent également pour le suicide. Les chiffres sont implacables. Un rapport sur le sujet présenté en 2019 par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) révélait que les hommes les plus défavorisés matériellement sont presque deux fois plus nombreux à faire le tragique choix du suicide que les plus favorisés.

La courbe du suicide est inversement proportionnelle à l’échelle sociale, plus on monte dans celle-ci plus le taux de suicide baisse. Et à mesure qu’on descend dans ladite échelle, plus le suicide augmente. Une courbe qui s’applique également en Mauricie et Centre-du-Québec. Les plus récentes données couvrant 2013-2017 indiquent que le taux annuel de mortalité par suicide pour 100 000 habitants se situe à 11 dans les communautés les plus favorisées et à 21 pour 100 000 dans les communautés très défavorisées. Du simple au double, ou presque, pourrait-on dire.

Pour Mme Janie Houle, professeure au Département de psychologie à l’UQAM et chercheure au Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie (CRISE) l’intervention auprès des personnes suicidaires doit également s’accompagner d’un effort visant la réduction des inégalités sociales ce qui, soutient-elle, permettrait «d’éviter le développement de problèmes pouvant éventuellement mener au suicide». Un point de vue confirmé par les données de l’INSPQ qui, prenant comme référence la période 2009-2013, évaluait à 260 chez les hommes et à 75 chez les femmes la réduction annuelle des décès par suicide si le taux de mortalité par suicide de chacun des groupes correspondait au taux des groupes les plus favorisés. Au total, 335 vies qui seraient épargnées chaque année.

La lutte au suicide est indéniablement un combat long et complexe qui fait appel à de multiples moyens et stratégies. Aucun axe d’intervention ne doit être négligé pour faire diminuer encore davantage les ravages psychologiques, sociaux et économiques pour ceux et celles qui en sont les victimes collatérales notamment les familles et les proches. Mais n’oublions surtout pas, comme le mentionne Mme Janie Houle, que la lutte aux inégalités doit faire intrinsèquement partie de ce combat.