Les élections fédérales sont déclenchées aujourd’hui. L’auteur de cette lettre brosse un portrait de la situation en Mauricie et souhaite que la campagne électorale soit axée sur le contenu plutôt que sur les attaques.

Lutte à quatre en Mauricie?

OPINIONS / L’auteur, Daniel Landry, est professeur de sociologie au Collège Laflèche.

Tout peut se produire lors d’une campagne électorale. Parlez-en à Justin Trudeau qui, parti troisième dans les sondages à la fin de l’été 2015, a réussi à renverser la vapeur et obtenir une écrasante majorité quelques mois plus tard. Parlez-en aux chefs Duceppe (2011, 2015) ou Ignatieff (2011) qui n’avaient même pas réussi à se faire élire dans leur propre circonscription. Ou encore à Thomas Mulcair qui se voyait déjà premier ministre en 2015, avant de perdre plus de la moitié des sièges obtenus par son prédécesseur quatre années plus tôt.

Bien sûr, certaines circonscriptions sont «gagnées d’avance». Qui doute du raz-de-marée conservateur à Calgary ou de la victoire éclatante des libéraux dans l’Ouest de Montréal? En Mauricie, les chances sont bonnes pour que le ministre des Infrastructures et des Collectivités François-Philippe Champagne soit réélu dans Saint-Maurice-Champlain. Par contre, les deux autres circonscriptions mauriciennes pourraient faire partie des lieux de lutte incessante jusqu’à la fin de la campagne électorale.

Dans Berthier-Maskinongé, Ruth Ellen Brosseau tentera de se faire réélire pour un troisième mandat. Depuis 2011, elle a su s’enraciner dans sa communauté d’accueil et s’imprégner des défis et enjeux de sa circonscription. À l’amorce de la campagne, sa grande popularité contraste cependant avec celle de son chef Jagmeet Singh. Tout indique que le sempiternel dilemme se posera de nouveau: faut-il voter pour le candidat local ou pour le parti? Une réforme du mode de scrutin (promise par Trudeau en 2015, rappelons-le) pourrait régler en partie la question, mais le statu quo demeure et Brosseau pourrait en faire les frais.

En ce qui a trait à Trois-Rivières, la circonscription est clairement ciblée comme siège prenable par quatre partis. Après tout, le Bloc québécois y a fait élire des député(e)s lors de six élections consécutives au tournant du siècle (1993, 1997, 2000, 2004, 2006, 2008). Pourquoi Louise Charbonneau ne pourrait-elle pas reprendre le siège, après huit années de parenthèse orange? Le NPD, quant à lui, y présente un de ses candidats les plus solides en Robert Aubin. Élu en 2011, ce dernier a clairement démontré en quoi un député de l’opposition pouvait être vocal et jouer un rôle significatif dans l’avancement des dossiers régionaux. Les conservateurs misent sur le candidat vedette par excellence, le polarisant ex-maire Yves Lévesque. Ils ont d’ailleurs décidé d’initier leur campagne nationale à Trois-Rivières, preuve de leur confiance de remporter la lutte. Habitué par les campagnes électorales dans sa ville, Lévesque part possiblement avec une longueur d’avance, et ce, même si les conservateurs n’ont pas fait mieux qu’une troisième place lors des deux dernières élections fédérales. On peut cependant douter qu’il puisse faire fi des controverses de son parti sur des questions comme l’avortement ou l’exploitation des énergies fossiles. Enfin, Valérie Renaud-Martin se présente comme candidate du parti au pouvoir. Pour les libéraux fédéraux, Trois-Rivières n’a jamais été une circonscription facile à gagner. La dernière victoire remonte à l’élection de 1980. Par contre, la division du vote et l’attrait pour voter du «bon bord» (à supposer que Trudeau fasse bonne figure lors de la campagne) pourrait permettre à l’actuelle conseillère municipale de se faufiler.

En somme, il s’avère difficile de prévoir les résultats du 21 octobre. Souhaitons cependant que cette campagne serrée puisse mettre en lumière les enjeux typiquement mauriciens. Le train à grande fréquence peut-il cesser d’être une lubie de l’esprit et les enjeux environnementaux peuvent-ils être autre chose que des slogans? Aussi, que pourra-t-on faire pour contrer les impacts du nouvel accord de libre-échange sur nos agriculteurs et sur la production locale dans son ensemble?

Attendons les réponses des candidats, et souhaitons-nous une campagne électorale axée sur le contenu plutôt que les attaques.