Selon l’auteur, le problème avec l’appellation OPEN est que l’adresse du district innovant n’est pas à l’international.

L’ouverture sur le monde

OPINION / Denis Roy, conseiller municipal du district de Marie-de-l’incarnation et membre du conseil d’administration d’Innovation et développement économique (IDE) Trois-Rivières, estime qu’il faut être un crétin si, pour rejoindre le marché américain, une entreprise ne s’appelle pas en anglais (Le Nouvelliste, 10 février). D’où le choix du mot anglais OPEN pour désigner le district entrepreneurial innovant de la ville. Les gens du Cirque du Soleil ont dû la trouver drôle...

Mais comme, selon ses dires, Denis Roy a toujours pris grand soin d’une juste utilisation de la langue de Molière, il précise du même coup que ce vocable est français puisqu’il se retrouve dans le dictionnaire. S’il avait pris la peine d’en lire la définition, il aurait constaté que cette entrée au dictionnaire Larousse est suivie immédiatement de l’abréviation «ANGLIC.». En effet OPEN est un anglicisme. Même Molière aurait été d’accord avec cela…

OPEN souhaite se positionner à l’international. Soit. Il est normal alors d’utiliser l’anglais pour transiger avec les États-Unis. Même qu’il serait approprié de choisir le mandarin pour communiquer avec les Chinois. Le hic n’est pas là.

Le problème c’est que l’adresse du district innovant n’est pas à l’international. Elle est située à l’intersection des rues Royale et des Forges, en plein cœur de la deuxième plus ancienne ville française d’Amérique. Le mot OPEN s’affiche là en lettres géantes sur les deux vitrines de l’édifice. On ne voit que ça à la ronde. Ou bien c’est de la provocation ou bien c’est un manque cruel de respect pour l’histoire, la culture et la démographie de Trois-Rivières.

Pire encore, cela dénote une absence totale d’imagination et de créativité chez des gens qui se targuent d’être des chefs de file en matière d’innovation. La langue française est-elle dépourvue à ce point de vocabulaire qu’on ne puisse plus désormais s’en servir pour se démarquer?

Cela étant, il n’y a peut-être pas de meilleur tremplin pour accéder à l’universel que d’assumer pleinement sa différence. Et cela passe par un positionnement communicationnel qui reflète les réalités d’ici, en harmonie avec la mission du District innovant qui consiste à stimuler l’innovation et la collaboration entre les milieux académiques et le milieu entrepreneurial pour favoriser un développement ayant des retombées positives sur notre communauté… dont le nom n’est pas, Dieu merci, Three Rivers, mais bien Trois-Rivières.

Réal Boisvert

Trois-Rivières