Louis Berlinguet est un grand Trifluvien qui nous a quittés le 21 janvier dernier.

Louis Berlinguet, un grand Trifluvien

Le samedi, 27 janvier dernier, Le Devoir publia un hommage à Louis Berlinguet, décédé le 21 janvier 2018, à Montréal. Un hommage co-signé par huit personnalités d’horizons divers, entre autres: Claude Corbo, ancien recteur de l’UQAM et Marie Meunier, ancienne ambassadrice du Canada. On y soulignait que Louis Berlinguet était un Trifluvien.

Trifluvien, en effet, de vieille souche. Petit-fils du célèbre «Père Berlinguet», mort centenaire, ce qui était rare à l’époque. Louis vécut son enfance et son adolescence sur les rues Sainte-Angèle et Sainte-Geneviève. Il est un ancien de l’Académie de La Salle. Diplômé en biochimie de Laval, voici qu’à 20 ans il est chargé de cours à la Faculté de médecine. La plupart de ses élèves, frais émoulus du cours classique, sont de son âge. Mais pendant plusieurs années, ce jeune professeur consacre l’essentiel de son temps à la recherche. Il deviendra très tôt un spécialiste reconnu de la biochimie des acides aminés. C’est l’époque où de jeunes scientifiques le choisissent comme directeur de thèse. C’est l’époque aussi où il signe de nombreux articles sur la biologie nucléaire.

Louis Berlinguet avait le culte des relations humaines, très attentif aux mouvements de la société québécoise. En plus, il était un organisateur dynamique et un administrateur efficace. Un tel homme pouvait-il se terrer longtemps dans un laboratoire à manipuler des éprouvettes? Il sortit de son laboratoire sans rompre avec la science.

Au contraire, on le retrouve à la création du réseau de l’Université du Québec dont il devient le premier vice-président à la recherche. En même temps, il est nommé premier président du conseil de l’Institut national de la recherche scientifique. Autant de tremplins qui propulsent notre chercheur à des portées de haut niveau scientifique: sous-ministre en titre du ministère de l’État à la Justice et à la Technologie à Ottawa, puis Scientifique en chef du gouvernement canadien, puis encore conseiller scientifique de l’ambassade du Canada à Paris. Surtout ne pas oublier cette mission délicate, que lui avait confiée Pearson, d’aller évaluer les nombreux centres de recherche que le Canada avait fondés de par le monde. Louis Berlinguet eut alors l’occasion de vérifier, plusieurs fois, la rotondité de la Terre.

Contentons-nous de rappeler quelques-unes des nombreuses marques de reconnaissance officielle que sa prestigieuse carrière lui mérita: Prix du Québec Armand-Frappier, fellow de la Société Royale du Canada et trois doctorats honoris causa en science de différentes universités.

Après tant de hautes fonctions, le professeur Louis Berlinguet, scientifique reconnu, couvert de décorations, aurait pu afficher de nobles et hautaines attitudes. Chose étonnante et très sympathique, Louis Berlinguet n’a jamais perdu de sa simplicité, de sa jovialité, de sa fidélité à son passé et à ses amis. Avant sa maladie, c’était chaque année plusieurs pèlerinages à Trois-Rivières pour visiter sa sœur Hélène, religieuse au Carmel, et pour renouer avec ses amis, sa petite «gang» des années 40. Alors il n’était pas question de Montréal, d’Ottawa, de Paris, de Singapour, ni de biologie moléculaire. On sortait des photos de l’excursion aux chutes de Sainte-Ursule. On évoquait de bons moments de nos flirts innocents. C’était émouvant de voir Louis Berlinguet après tant d’exploits scientifiques, tant de décorations, tant de voyages, revivre intensément, avec quelques amis de toujours ces belles heures trifluviennes.

Trois-Rivières a raison d’honorer ses athlètes, ses artistes, ses politiciens, ses entrepreneurs. Trois-Rivières ne saurait ignorer ce fils exceptionnel qui n’a jamais renié sa trifluvienneté.

Jean Panneton, prêtre

Trois-Rivières