Lock-out: ils n’avaient pas choisi cela

L’auteure, Lyne Cloutier, est infirmière et professeure titulaire au département des sciences infirmières à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Il a été largement question dans les médias des effets désastreux chez les professeurs et les étudiants de la décision brutale et sans précédent du lock-out de 15 jours imposé aux professeurs de l’UQTR par son administration. Cette mesure étant enfin levée, nous prenons maintenant pleinement conscience de l’ampleur des conséquences de ce lock-out, notamment des conséquences psychologiques sur les autres employés de l’université.

En retournant à nos activités, nous sommes, nous les professeurs, désormais confrontés à cette dure réalité: les autres membres du personnel ont été, pour certains, grandement affectés, et le sont encore aujourd’hui. Si nous, à titre de professeurs et étudiants avons eu l’occasion de témoigner, parfois avec force, sur la place publique, de notre sentiment d’injustice et de trahison, d’autres ont eu à le tolérer dans le plus grand silence, «loyauté envers l’institution» oblige.

Malgré tout, quelques rares voix se sont élevées, mais vite réprimandées. La colère gronde pourtant. Au détour d’un corridor, on entend s’exclamer un membre du personnel «si vous pensez que je vais aller à la rencontre de cet après-midi!», (rencontre d’information du 18 mai annoncée par le recteur pour expliquer le réinvestissement dans les universités). «Ils me prennent pour une valise ou quoi?». Il faut en effet mentionner que cette rencontre d’information se déroulait avant le début d’un long congé et au retour d’une absence de deux semaines des professeurs et étudiants alors que les demandes fusent de partout.

On pourrait évidemment se questionner sur l’urgence réelle d’une telle rencontre de plusieurs centaines de membres du personnel alors que l’éléphant dans la pièce, la période désastreuse du lock-out, n’a pas été abordée. On peut se questionner sur la pertinence de faire une telle dépense en ressources humaines à un moment pareil.

Comme infirmière, je ne peux pas rester insensible devant cette souffrance, alors j’ai fait ce que je sais faire, écrire. Je me suis assise à mon bureau et j’ai rédigé un courriel que j’ai transmis à tout le personnel de mon département. Voyant les réactions (allant d’un grand câlin à de nombreux messages de remerciements), je choisis de rendre public ce courriel car je crois qu’une multitude de personnes avec qui nous travaillons avec cœur à l’UQTR pourraient avoir besoin de l’entendre.

Il faut savoir qu’au-delà des professeurs, des étudiants ou de la direction, plusieurs services sont essentiels au bon déroulement des activités. Que ce soit dans les tâches en recherche, aux ressources humaines, financières, administratives, au plan du soutien pédagogique et technologique, nous avons l’occasion de travailler en équipe au quotidien vers des objectifs communs d’accompagnement des étudiants dans leur réussite. Les personnes touchées par cette crise sont très nombreuses. Et les conséquences, contrairement à ce qui a été véhiculé, pas du tout minimes même si c’est la session d’été.

Mon courriel avait pour objet: «Vous n’aviez pas choisi».

Vous n’aviez pas choisi ce lock-out et vous en faites pourtant également les frais. En entendant notre frustration, en voyant nos mines basses ou en étant inondés de nos messages d’absence parfois plutôt déchaînés. Vous n’étiez pas en lock-out et pourtant je vous sens tout aussi affectés dans vos valeurs.

Alors je me permets de vous dire que nous sommes conscients que vous n’aviez pas choisi non plus cette blessure terrible et que nous sommes également de tout cœur avec vous car nous sommes convaincus que nous avons les mêmes objectifs en tête pour la réussite de nos étudiants.

Poursuivons ensemble notre route et prenons, à l’occasion, le temps de nous sourire un peu plus, de saluer un peu plus longuement, de prendre un café et même de s’organiser un repas ensemble où il sera question de «nous» et pas d’«eux» pour changer un peu!

Voilà, simplement pour vous dire merci, merci d’être là!