Le président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université, qui signe ce texte, était venu appuyer les profs de l’UQTR en lock-out le 2 mai dernier.

Lock-out à l’UQTR: symptôme d’un mal plus profond

L’auteur, Jean-Marie Lafortune, est président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU).

Le printemps a été douloureux pour la communauté universitaire et toute la région trifluvienne. En temps opportun, nous ferons le bilan de l’impact néfaste qu’a eu le lock-out décrété outrageusement par la direction de l’UQTR sur les professeurs et les étudiants, mais également sur la réputation de l’institution et l’image de cette ville universitaire. Bien que cet épisode dramatique ne soit pas terminé, étant donné qu’une loi spéciale menace de fixer arbitrairement les conditions de travail des professeurs, nous pouvons néanmoins tirer certains enseignements de l’actualité récente.

Le financement comme problème de fond
Le seul élément qui fait consensus parmi les acteurs de l’UQTR est que le manque criant de financement est en grande partie responsable de la crise déplorable qui secoue l’université. Les compressions des dernières années ont exacerbé la tension entre les directions et les professeurs des universités jusqu’à l’embrasement.

La direction évoque d’ailleurs l’insuffisance du financement pour justifier ses tactiques déloyales envers le corps professoral. Bien que cette posture soit inexcusable, il est clair que l’UQTR, comme toutes les universités québécoises, peine à remplir sa mission avec les moyens limités que le gouvernement actuel a bien voulu lui consentir.

Les professeurs de l’UQTR ont pourtant formulé des demandes raisonnables. Ils insistent surtout pour que la direction respecte un plancher d’emploi qui assure que l’UQTR remplisse ses missions et demeure une université attrayante pour les étudiants et pertinente pour ses partenaires sociaux, culturels et économiques.

À l’évidence, le réseau universitaire québécois, fragilisé pendant trop longtemps, ne saura être suffisamment renforcé par le «réinvestissement historique» annoncé par Madame David au lendemain de la levée du lock-out. En plus d’introduire une part de financement liée à la réalisation de mandats stratégiques, cette révision du financement continue de prendre les effectifs étudiants comme base de calcul. Cette méthode a pourtant été maintes fois dénoncée puisqu’elle favorise la concurrence entre les établissements sans tenir compte des besoins réels en ce qui a trait aux ressources humaines et matérielles.

L’impunité politique
À l’heure d’écrire ces lignes, une autre décision judiciaire vient d’être rendue dans le conflit de travail à l’UQTR à la faveur du syndicat. En effet, le juge Drolet, du tribunal administratif du travail, a décrété que la direction avait agi de façon illégale et avait fait fi de la bonne foi de rigueur dans un processus de négociation en soumettant directement ses offres aux professeurs. Or, malgré ces comportements illicites de la direction, le recteur McMahon bénéficie d’une impunité en haut lieu.

En effet, en affirmant publiquement qu’il a été «mis en place par le gouvernement libéral», M. McMahon considère qu’il a carte blanche, moins pour réaliser la mission de l’université que celle que lui a confiée le Conseil des ministres soit le redressement des finances à tout prix. Doit-on lui rappeler que la nomination à titre de recteur n’autorise pas à agir au-dessus des lois?

Là ne s’arrête pas son apparente proximité avec l’establishment libéral. Lorsque la ministre David s’est rendue à l’UQTR avec l’intention de faire pression pour la levée du lock-out, le recteur a manœuvré pour impliquer directement le premier ministre. Il a même cité les «paroles d’honneur» de M. Couillard lors du point de presse annonçant la levée du lock-out, qui lui a promis l’adoption d’une loi spéciale s’il n’arrivait pas à ses fins par le biais de la négociation. Ce geste n’est ni plus ni moins qu’une mise au ban politique de la ministre responsable de l’Enseignement supérieur.

Cette impunité politique du recteur McMahon n’est pas unique dans le réseau universitaire québécois, mais le cas présent nous en offre une manifestation décomplexée. On peut également supposer que les timides mesures d’encadrement de la rémunération des hauts dirigeants proposées par Madame David ne pouvaient aller beaucoup plus loin sans risquer de heurter des proches du pouvoir.

Portée nationale
La direction de l’UQTR n’est pas la première à user de son influence pour tenter d’imposer sa loi à la communauté qu’elle est censée desservir. Reste que les symptômes du mal qui affecte l’université québécoise ont été mis au jour ces dernières semaines: une gestion strictement managériale et comptable, des tactiques de négociation déloyales et une politisation partisane en situation de conflit.

Pour prévenir ces dérives, la FQPPU avait encouragé la ministre à créer un Conseil des universités qui l’aiderait à dépolitiser l’administration du réseau universitaire et à éviter des crises comme celle qui touche l’UQTR. Après s’être engagée à aller de l’avant avec ce projet, elle a finalement reculé. Sur ce front comme sur celui de l’encadrement de la rémunération des hauts dirigeants, de la révision en profondeur des règles de financement et du lock-out à l’UQTR, force est de constater que le piètre bilan de la ministre est à mettre plus largement au compte du gouvernement. Dans ces conditions, les professeurs d’université doivent-ils se tourner vers le premier ministre pour se faire entendre?