Lock-out à l’UQTR: quand la solidarité est la plus forte!

Au cours de ma carrière, j’ai connu divers conflits de travail qui, bien qu’ils aient eu des répercussions importantes dans ma vie (coupe salariale en 1982 et perte d’un an d’ancienneté par jour de grève en 1986 dans le réseau de la santé), n’ont pas créé en moi la consternation que j’ai ressentie lors de l’annonce subite du lock-out des professeurs à l’UQTR, au soir du 1er mai dernier. J’ai été incrédule face à cette décision qui déstabilisait profondément les étudiants, nos projets de recherche et les services à la communauté.

Prendre une telle décision à ce moment de l’année a eu des conséquences importantes notamment pour les étudiants qui attendaient leurs notes en vue d’obtenir leur diplôme et entrer sur le marché du travail, chez ceux qui avaient besoin d’un encadrement régulier des profs pour avancer leur maîtrise et leur doctorat, et pour ceux qui comptaient sur un travail d’assistants de recherche comme emploi d’été et qui, durant plusieurs semaines, ont donc vécu un stress financier important. L’ensemble de ces préjudices m’ont fortement ébranlée, car former la relève professionnelle et les futurs chercheurs est pour moi une priorité. Une garantie d’un monde meilleur.

Cela est aussi venu complètement déstabiliser le déroulement de plusieurs projets de recherche. En une semaine avec mes collègues, j’ai déjà dû retarder le démarrage de deux projets portant sur le concept d’accessibilité universelle, un thème de recherche vital pour une société plus équitable. De plus, j’ai dû annuler l’accueil d’une rencontre ayant pour but d’unir les forces de chercheurs impliqués dans la recherche auprès d’aidants. J’ai aussi reporté d’un mois deux rencontres importantes dans une recherche-action sur le soutien aux aidants et été contrainte de suspendre une collecte de données sur la mobilité des aînés.

Voir tous ces efforts pour contribuer à trouver des solutions à des enjeux importants de société être paralysés par la direction de l’UQTR m’a profondément secouée. Je ne pouvais comprendre en quoi cela était une décision responsable… et je ne le comprends toujours pas.

Quand j’ai commencé ma carrière de professeure, il m’importait de contribuer le plus possible à l’amélioration des conditions de vie de mes concitoyens en formant la relève, en faisant avancer la recherche et en m’impliquant dans la communauté. Certes, j’étais consciente des défis que cela comportait et des difficultés qu’il me faudrait affronter. Jamais je n’aurais cru que mon employeur deviendrait un obstacle aussi important à un tel projet. Quelle désillusion ! Désillusion d’autant plus grande que la haute direction refuse de reconnaître les conséquences réelles d’un tel lock-out, allant jusqu’à la minimiser publiquement. C’est témoigner de bien peu d’empathie pour mes collègues qui, depuis la levée du lock-out, doivent mettre les bouchées doubles!

Si je sors de ce lock-out profondément déçue de mon employeur, il m’importe de dire que je suis aussi motivée par la solidarité que j’ai ressentie de mes collègues, des étudiants, des partenaires de la communauté. Forte de l’énergie que cette solidarité m’a apportée, je suis prête à poursuivre avec vous ce projet d’un monde meilleur qui nous anime. L’odieux de la haute direction de l’UQTR n’aura pas réussi à mettre à genoux ce groupe de professeurs formidables qui continuent coûte que coûte à avancer vers leur idéal.

Chers collègues professeurs et professeures, je suis honorée de faire partie de votre groupe. Chers étudiants, vous êtes l’avenir et il est prometteur. Chers partenaires de la communauté, je suis choyée de collaborer avec vous.

Sincèrement, professeure de tout cœur!

Hélène Carbonneau

Professeure titulaire

Département d’études en loisir, culture et tourisme

Université du Québec à Trois-Rivières