Lock-out à l’ABI: que veut vraiment la partie patronale?

OPINIONS / Quand j’ai lu dans le journal mardi matin que les syndiqués d’ABI avaient voté par un «non» retentissant aux offres patronales, je me suis posé beaucoup de questions. Ayant travaillé à plusieurs endroits dans ma vie avec différents syndicats, j’essaie de faire le point sur ce dossier.

Premièrement, Lucien Bouchard a failli à la tâche. Il devait dormir au gaz: un conflit qui dure 14 mois, ça n’a pas de sens. Qui n’est pas de bonne foi? La CAQ dit toujours vouloir des «jobs» solides... Mais on dirait bien que le ministre du Travail ne s’est pas cassé ni la tête ni les bras. Lui aussi on dirait qu’il s’en fout.

Oui, il faut négocier; c’est la base d’un contrat de travail. Qui veut et qui ne veut pas, c’est la question. On n’est plus au temps où on devait jouer du bras comme la FTQ a fait par le passé à Sept-Îles. Je travaillais là-bas pour l’Iron Ore, qui avait aussi comme syndicat les Métallos. Ça a fermé, les dirigeants disant que le fer n’était plus dans les marchés. On a fermé Schefferville, on s’est tourné vers l’aluminium car déjà, on avait une usine qui fonctionnait à plein régime à Baie-Comeau.

Dans une usine qui a un nombre d’employés énorme comme l’ABI, que veulent vraiment les dirigeants de la compagnie? Avec le torchon qu’on a présenté aux travailleurs, ce n’est pas normal. J’aimerais bien savoir ce qui se passe dans les deux sens de la médaille. Il y a des points qui sont absurdes: dix mois pour un retour au travail, la plupart des conflits se règlent avec un principe d’entente sur le protocole de retour au travail. C’est certain qu’il faut respecter l’ancienneté. Je pense qu’aujourd’hui, dans les usines, on parle surtout d’affaires entre syndicats et patrons. Quand tu es personnellement dans le conflit, tu as le droit de t’exprimer.

Il faut comprendre que de nos jours, il y a de la sous-traitance partout, que ce soit dans les usines de papier ou même à Hydro-Québec. La sous-traitance est là et bien installée et les travailleurs doivent négocier avec cela en tête. Mais les employés s’en foutent. Ils travaillent, ont leurs bonis et le syndicat s’arrange pour ne plus jamais avoir de conflit et c’est ce qui arrive.

Ceci n’est qu’un exemple. Quand on parle que le marché de l’automobile vient d’en prendre tout un coup avec la fermeture de plusieurs usines, ABI produisait au maximum.

Je sympathise avec ces travailleurs. J’ai passé ma vie dans les usines et je dis ceci à la partie patronale: vous êtes malhonnêtes. Et que voulez-vous réellement faire avec cette usine? Ce que vous avez fait perdre à ces travailleurs, ceux-ci ne pourront jamais le récupérer, prenez-en ma parole.

Cela dit, je vous souhaite un retour au travail la tête haute.

Lawrence Dufresne

Trois-Rivières