Les salaires et les conditions de travail dans les manufactures de vêtements au Bangladesh sont loin de permettre aux ouvriers et ouvrières de subvenir à leurs besoins.

L’industrie du vêtement sans pitié: un univers

L’auteur de ce texte, Frédéric Marcotte, est étudiant au collégial. En mai dernier, alors qu’il était élève en 5e secondaire à l’Académie des Estacades, il s’est grandement distingué lors de l’examen d’écriture de 5e secondaire du ministère de l’Éducation. Son texte a par la suite été sélectionné et publié sur le site web du ministère.

L’invention de la machine à coudre en 1846 par l’Américain Elias Howe et la première phase d’industrialisation de 1850 à 1900 ont contribué à perfectionner l’industrie de la mode. Les manufactures de textiles ont bénéficié de ces apports positifs afin de croître exponentiellement, et ce, à l’échelle planétaire. Cependant, est-ce possible de se vêtir de façon responsable? Après avoir pris conscience des nombreux enjeux, il m’apparaît évident qu’il est impossible de s’habiller de façon responsable.

Chers lecteurs de la section «Opinions», laissez-moi vous exposer mon point de vue.

Tout d’abord, les impacts environnementaux attribués à l’industrie de la mode sont néfastes et indéniables. En effet, 22 000 litres de déchets toxiques sont déversés chaque jour par les tanneries dans le Buriganga, principal fleuve de Dacca, capitale du Bangladesh. Les sentiments de dégoût et de haine me viennent à l’esprit rien que d’y penser. Quelle serait notre réaction si cela se produisait chez nous, dans notre fleuve Saint-Laurent? De nombreuses maladies hydriques résultent de cette pollution massive de l’eau. Dans la chanson 8 secondes des Cowboys fringants, on met l’accent sur l’importance de ce liquide vital, or nous continuons de le polluer à outrance. Quelle honte!

De plus, saviez-vous que de nombreuses forêts anciennes sont menacées par les coupes forestières effectuées pour l’industrie du textile? Les arbres jouent un rôle majeur dans la régularisation du cycle du carbone. Le pire est le fait que ces activités sont méconnues de plusieurs consommateurs. Dans ces conditions, il est impensable de prétendre qu’on peut se vêtir de façon responsable. L’Occident peut bien se laver les mains face à toutes ces atteintes à l’environnement, mais un jour ou l’autre, nos torts nous rattraperont... Bref, notre planète bien aimée se meurt et l’industrie du vêtement contribue à l’affaiblir davantage.

D’autre part, le commerce des vêtements cache une véritable fourberie mercantile. Je m’explique: les gains de capitaux associés à cette activité économique profitent unilatéralement aux grandes multinationales sans fournir une utilité suffisante pour les travailleurs en usine. En d’autres mots, l’industrie de la mode approfondit l’abîme entre les riches et les pauvres. Il n’est pas étonnant de voir les travailleurs en usine gagner 50 dollars par mois! Avec ces salaires de crève-faim, les ouvriers sont-ils en mesure de satisfaire leurs besoins vitaux? J’en doute fortement! Alors que 795 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde, les géants de la mode s’enrichissent au détriment des plus pauvres. Où est passée notre dignité humaine? Je comprends mieux pourquoi le sociologue suisse Jean Ziegler, dans une déclaration faite à l’ONU, affirme que «la faim est un crime contre l’humanité». La justice sociale est-elle un concept utopique que les ouvriers de l’industrie du textile, principalement en Chine et au Bangladesh, ne connaîtront jamais? Bref, face à ces nombreuses injustices sociales, se vêtir de façon responsable reste impossible.

Ensuite, la santé et la sécurité des travailleurs sont constamment compromises. Le 24 avril 2013, l’effondrement du Rana Plaza, un bâtiment à Dacca abritant plusieurs ateliers de confection de vêtements, a causé 1135 morts. Quand on y réfléchit, 1135 personnes ont rendu l’âme à cause du non-respect des normes de construction. C’est immonde et atroce! De plus, des enfants de 14 ans travaillent dans les tanneries et ils sont en contact avec des eaux usées et contaminées au chrome. Les fumées de chrome sont inhalées par ces enfants et de graves maladies pulmonaires en résultent. «C’est pire que l’enfer, mais nous n’avons pas le choix», déclare Munia, une femme de 19 ans travaillant dans une usine de vêtements. Les propos de cette femme trahissent la souffrance et le manque de solutions de rechange.

Cher lectorat, est-il éthique de penser qu’un manque de solutions peut excuser des conditions de travail douloureuses? Loin de là! Assistons-nous à la montée du néoesclavagisme? J’en ai bien peur... Nous sommes en 2017 et certaines personnes luttent encore pour leur vie lorsqu’elles vont travailler. Permettez-moi donc de rire lorsque certains individus affirment que l’industrie de la mode est responsable. Ainsi, cette activité économique favorise la dégénérescence de la condition humaine, comme Émile Nelligan l’a fait valoir dans son célèbre poème Le Vaisseau d’or alors qu’il sombrait dans le délire.

Pour conclure, se vêtir de façon responsable reste inenvisageable à cause des impacts majeurs sur l’environnement, des nombreuses injustices sociales et des souffrances que les ouvriers doivent endurer à perpétuité. Chers lecteurs, il est temps d’agir ensemble afin de dénoncer les inégalités apportées par l’énorme moteur capitaliste de la mode. Une fois cela fait, nous pourrons déclarer qu’il est possible de se vêtir de façon responsable.