L’auteur de cette lettre reproche au premier ministre Legault la parité hommes-femmes dans la formation de son cabinet. Il y voit quelques injustices qu’il veut dénoncer.

L’impair de François Legault

Saviez-vous que la CAQ est le premier gouvernement élu majoritairement avec moins de 40 % des votes, soit 37 %? C’est donc dire qu’il a fait élire deux députés pour chaque 1 % du vote exprimé, soit 74. Les deux partis souverainistes obtiennent 33 % du vote et comptent 20 députés. Est-ce que monsieur Legault reparlera encore de vote proportionnel?

J’avais donc bien hâte de voir ce qu’il ferait de cette majorité inespérée et comme bien des gens j’ai suivi avec grande attention et une certaine appréhension la cérémonie d’assermentation de son gouvernement. Je crois qu’en général il a bien fait les choses. Il a gardé ça simple, a livré un discours sans trop d’éloquence mais empreint de sincérité en réaffirmant ses intentions envers les signes religieux et l’immigration. Mais il se devait de faire un impair et, selon moi, c’en est un de rectitude de jugement.

Avant d’aller plus loin, sachez que je ne suis pas misogyne. J’ai même participé à la grande marche des femmes, il y a une vingtaine d’années déjà, je crois. Il s’ensuivit la grande lutte pour l’égalité des sexes qui a porté ses fruits.

Les femmes prennent de plus en plus la place qui leur revient et j’ose espérer que bientôt on verra la parité sur le plan financier c’est-à-dire «À travail égal, salaire égal». C’est ce que l’on appelle la justice sociale. On est parti de loin mais on s’y approche. Les femmes monopolisent déjà le système de garderies. Parce qu’elles sont plus studieuses que les garçons, les filles sont en majorité dans les facultés de médecine et de droit, je crois.

L’impair que je reproche à notre premier ministre est celui de la parité hommes-femmes dans la formation de son cabinet. Pour remplir une promesse farfelue et électoraliste en mon sens, il commet une injustice flagrante qui se doit d’être dénoncée. Je ne crois pas qu’il a été politiquement correct envers ses élus et la population en général. Son parti compte 60 % d’hommes et 40 % de femmes.

Raisonnablement et en toute équité, c’est le pourcentage de ministres que chaque sexe devrait avoir, surtout que très peu ont l’expérience de la joute électorale mais ça c’est la logique.

Suivant les traces du «p’tit Justin» et ne voulant pas être en reste, il décide que son cabinet serait 50-50, au diable les compétences. Mais certains doivent payer pour cela et en bon soldat, Donald Martel, qui était très déçu au départ, a regagné les rangs à la suite de promesses de son chef. Il n’en demeure pas moins que l’homme a été meurtri car on a mis de côté ses années de service et le fait qu’il ait déniché de bons candidats pour son parti. Mais monsieur Legault avait sans doute fait certaines promesses... et il devait respecter sa parole. Il a tiré à pile ou face et dans un an, si ça ne marche pas, on reprendra l’exercice.

Je termine sur le sujet de la langue car j’ai déploré que dans un État francophone certains ministres aient livré leur petit boniment en anglais. Que fera le premier ministre pour que l’on respecte ce fait et pour protéger notre langue?

Denis Coderre a fait de Montréal une ville bilingue et il en a payé le prix. Valérie Plante continue dans la même voie. Lors d’une conférence à laquelle j’ai assisté récemment, Josée Boileau, l’ancienne rédactrice en chef du Devoir, nous mettait en garde contre la banalisation par les élus du caractère bilingue de Montréal. Elle ajoutait que «Montréal est la seule ville francophone au monde où il n’y a pas besoin de connaître la langue pour y travailler.» Beau message pour les immigrants.

C’est à réfléchir!

Gaston Bouffard

Shawinigan