L’immigration: pour riches seulement

Sans scrupule, on subordonne maintenant l’immigration à l’économie. On choisit les riches; ils investissent et dépensent. On a aussi choisi des gens scolarisés; par leur profession ils contribuent eux aussi à l’économie. Enfin, on se dit maintenant qu’il faut choisir de simples travailleurs pour les emplois de second ordre. Nos employeurs ont besoin de ces gens, pas trop difficiles, pas trop exigeants et surtout pas trop payés. Des gens aimables, en santé, sans coutume ni religion dérangeante, neutres et, bien sûr, éternellement reconnaissants. C’est malheureusement, en gros, la politique de l’immigration souhaitée par la masse citoyenne et politique.

On ne s’indigne plus, on ne proteste plus. Le ferment d’aucune grande idée ne soulève plus les sociétés appesanties par le matérialisme endémique. Aucun trou de lumière ne perce l’injustice de sociétés obscures qui ne cachent même plus le refoulement des pauvres d’entre les pauvres. «Tu ne tueras point». Que signifie ce commandement quand 20 % de la population mondiale consomme les ressources de telle manière qu’ils volent aux nations pauvres et aux futures générations ce dont elles ont besoin pour survivre, se sont demandé les évêques de Nouvelle-Zélande. Ne doit-on pas appeler crime le refus de porter secours à ceux dont la vie est en danger: aux réfugiés politiques, climatiques et même aux exilés économiques? N’est-ce pas un scandale d’accorder notre préférence aux riches immigrés de notre espèce?

L’actuelle campagne politique donnerait l’occasion aux grandes âmes de se manifester, de saisir la beauté et de l’offrir à l’étonnement de notre société. Offrir la justice, l’éducation gratuite, le salaire minimum garanti à tous, la recherche universitaire dans tous les domaines, l’élimination progressive des moteurs à combustion, la récupération et la recyclage total de l’ensemble des biens de consommation, - une vraie politique verte – la valorisation des arts, de la culture et des études quelles qu’elles soient, un salaire décent pour tous ceux ou celles contraints à l’assistance sociale, la formation de coopératives agricoles, le soutien réel de l’agriculture, la décroissance économique planifiée… Mais cela serait simplement laisser entrevoir l’ordinaire d’une politique minimaliste.

Il faudrait plus. Pourquoi pas une palpitation généreuse comme celle qui a conduit Angela Merkel à l’accueil de plus d’un million de réfugiés. Son pays est-il en ruine ou ravagé par l’immigration? De quoi avons-nous peur? Pourquoi si peu de courage? On refuse de souffrir, même en pensée, avec l’humanité nue, affamée, désespérée ou concentrée dans des camps de misère garnis de barbelés. Je voterais, moi, pour un parti qui promettrait d’accueillir un million de réfugiés et qui verrait à préparer cet accueil d’une façon intelligente. Je serais prêt à renoncer à la moitié de mon salaire pour les objectifs d’une vraie politique qui suivrait la clarté du bien de tous. Oui, je voterais pour un vrai projet de société et de solidarité humaine. Pour que tous aient une vie digne et pour qu’on puisse enfin se sentir vivre durant cette énième campagne électorale.

Alain Brochu

Sainte-Ursule