L’humanité dans tous les placards de ma maison

OPINION / J’habite dans un beau quatre et demi. Un univers de 900 pieds carrés, inspiré, décoré avec une courtepointe cousue de bonheurs. Portraits de famille, bibelots et pacotilles, témoins de nos voyages sur la petite planète. Expliquez-moi pourquoi j’ai l’impression de piétiner sur place?

S’encabaner est un art. Je suis dans la tranche des 55 et plus qui sont forcés d’apprendre la joie rare de n’avoir rien à faire. Il faut bien tromper l’ennui quand on ne peut pas voir nos enfants, les amis, la famille proche et le cercle restreint des bests.

J’ai acheté un gros gallon de rose décadent. J’ai peint un mur de la maison et j’ai immédiatement senti l’effet incandescent des pigments. Cette couleur m’a rappelé un café d’Ubud où je traînais pendant des heures en buvant des lattés et en mangeant des toasts aux avocats.

L’effet «grand ménage du printemps» entraîne dans son sillage une forme de recueillement actif, comme si construire, peindre, déplacer des meubles, dérouler un nouveau tapis et faire des plans pour la terrasse me permettaient de préparer le déconfinement.

Un soleil radieux pointe ce matin. J’ai pris le temps de méditer. Je bouscule mon horaire et je fais le silence pour écrire ces quelques mots. Je créé l’espace en moi pour faire naître des projets viables, pas seulement de vagues intentions où «tout est possible»...

Vivre avec l’intention de devenir meilleure, c’est bien. Devenir meilleure avec des actions concrètes, c’est mieux.

J’ai hâte de retourner dehors. L’exotisme, ce n’est plus Bali ou la Nouvelle-Calédonie, c’est ici, chez nous.

J’ai hâte de nous voir déployer notre nouvelle solidarité.

Je suis curieuse d’examiner comment nous allons étrenner notre conscience écologique encore un peu fragile.

Pas besoin de partir à l’assaut de notre petite planète quand on apprend à changer le monde dans 900 pieds carrés.

C’est ce que je nous souhaite.

Chantal Carignan

Trois-Rivières