La socialisation primaire, absolument décisive, agit sur l’enfant dès le début de son existence.

L’humain agit en animal dressé

OPINIONS / Le premier ministre du Québec, M. François Legault, lors d’une conférence de presse impromptue sur le lieu d’une inondation printanière de 2019, a traité de monstre le père d’une fillette de 7 ans qui est décédée alors qu’elle était sous la garde de ce dernier.

Il s’agit là d’une réaction bien humaine mais qui oublie que le «monstre» est aussi un humain et que comme tel, il traîne avec lui une histoire d’antécédents, de faits antérieurs qui permettraient, si on les connaissait, de comprendre, de juger sa conduite actuelle!

«Le langage et la culture sont ce qui distingue fondamentalement l’humain du singe. Tout groupe humain transmet d’une génération à la suivante, sa langue, ses croyances, ses valeurs, ses règles, ses objets matériels, ses techniques, etc. et il en découle qu’un bébé qui grandirait isolé de tout contact social, ne deviendrait pas pleinement humain, au sens usuel de ce terme, mais serait plutôt singe! La socialisation primaire, absolument décisive, agit sur l’enfant dès le début de son existence et oriente de façon définitive les grands axes de son développement. C’est durant cette socialisation que le petit humain rencontre et intériorise des manières de se comporter, de sentir et de penser.» (Laurent Michel Vacher, La passion du réel)

Finalement, l’humain est le résultat de ce que les autres, c’est-à-dire ses parents, son milieu familial, son milieu social, son milieu religieux, son milieu politique, son milieu scolaire, etc. ont fait de lui... et de cela découle que sans s’en rendre compte, il agit en animal dressé!

À la fin du dix-neuvième siècle, au Québec, le docteur Albert Laurendeau était en conflit avec l’Église. Le docteur Laurendeau défendait la science à une époque où la religion régnait en maître. Le docteur fut menacé d’excommunication par l’évêque de Joliette, Joseph-Alfred Archambault. Le docteur Laurendeau allait à l’encontre des enseignements de l’Église en affirmant, parlant du libre arbitre, que l’Homme était aussi libre qu’un oiseau dans une cage... que la liberté de l’homme est excessivement circonscrite, car tous ses actes sont dominés, ou par la nécessité, ou par des penchants irrésistibles: l’instinct, les besoins naturels, l’hérédité, les influences du milieu (les terroristes en sont un bel exemple ), etc. Le docteur a écrit à ce sujet: «C’est la mentalité, c’est-à-dire l’ensemble des habitudes intellectuelles d’un groupe, ses croyances, ses comportements caractéristiques, qui fait les dévotes aussi bien que les prostituées, les vertueux et les criminels, en un mot: les mœurs! Et l’individu est-il responsable de la mentalité où il est formé? Est-ce lui qui l’a créée? Il faudrait modifier la famille et l’école, l’éducation et l’instruction.» Le docteur a écrit ce qui précède en 1908... mais au lieu d’enseigner ce que le docteur suggérait pour le bien du peuple, il a fallu se rendre dans les années soixante pour sortir la religion des écoles, tout en lui laissant un pied dans la porte: éthique et, devinez quoi, religion, plutôt que: «Comportement humain». Et notre système juridique carbure encore et toujours, au libre arbitre. Triste!

Maurice Milot

Trois-Rivières