Photo : André Vuillemin ecoleouverte.ca
Photo : André Vuillemin ecoleouverte.ca

Lettre d’une enseignante à ses élèves

Chers élèves,

Nous nous sommes quittés brusquement. La journée du 12 mars s’était bien déroulée. Je vous avais dit mon traditionnel «Merci pour cette belle journée!» Vous m’aviez répondu votre traditionnel «De rien!», sourire aux lèvres. Nous ne savions pas que ça prendrait cette tournure.

Aujourd’hui, le 23 avril 2020, nous sommes encore chacun chez nous. Bien sûr, la technologie nous a permis de nous voir avant-hier et de jaser un peu. Tous n’y étaient pas, mais nous avons fixé un prochain rendez-vous. À la semaine prochaine! Écrivez-moi, vous avez mon courriel. Amusez-vous à résoudre les problèmes que je vous soumets…

Ai-je le goût de vous écrire la suite? Je sais que vous êtes forts et que vous appréciez l’authenticité de toutes mes démarches auprès de vous. Je me lance…

Vous savez les amis, cette pandémie n’aura pas que des effets négatifs. Monsieur Legault, le premier ministre de notre province, le Québec, s’aperçoit tranquillement que le système de santé ne fonctionne pas bien. Des gens, comme tes parents, sont en train de lui faire savoir. Ça va prendre de gros changements.

À l’école aussi on aura besoin de faire de gros changements! Monsieur Legault aura peut-être le temps de discuter avec le ministre M. Jean-François Roberge. C’est lui qui s’occupe de nous, de l’éducation. Il faudra qu’ils décident ensemble pour voir comment on pourra retourner à l’école.

Moi, j’ai des idées, mais personne ne semble intéressé à m’entendre. M. Roberge a mon nom dans sa liste d’enseignants à consulter. On ne m’a jamais appelée.

Vous savez que dans notre classe il y a un beau projet. C’est de travailler avec des portables. Mais ce n’est pas tout. C’est aussi un projet qui se nomme la classe CCCI. Ça signifie «Classe en cycle continu informatique».

C’est un projet de looping ou pour être plus claire, c’est que vous arrivez dans ma classe au début de la 3e année et vous y restez, avec les mêmes amis, pour la 4e année. En fait, on apprend ensemble tout ce que vous devez savoir au 2e cycle. Vous ne le saviez pas? C’est certain!

Je vous raconte… Il y a deux ans maintenant, j’ai dû faire de la peine à mes élèves qui terminaient leur 3e année. Le dernier jour de classe, je dois leur apprendre qu’il leur sera impossible de revenir dans ma classe pour la 4e année… question de gestion. Pas un problème d’ordre pédagogique, non, un problème de gestion! Et l’on me dit que vous êtes au centre de nos préoccupations, qu’on travaille pour votre bien…

Cette année, je ne vous en ai pas parlé. Mais vos parents m’ont posé la question. J’ai répondu que j’en avais fait la demande, mais que je n’avais pas le pouvoir de décider…

Cette enseignante qui écrit à ses élèves aimerait pouvoir leur enseigner pendant les deux années d’un cycle.

Pourtant, si vous reveniez dans ma classe en septembre, avec tous les amis, dès la première journée, on serait prêt à poursuivre nos beaux projets, nos recherches, nos inventions et nos expériences humaines si importants pour développer votre jugement critique. Je vous le dis souvent: les adultes n’ont pas toujours raison. Écoutez votre petite voix à l’intérieur de vous, elle vous guidera.

La mienne me dit que l’enseignement en cycle continu, qui ne coûte rien de plus au système, nous permettrait de gagner un mois en septembre, afin de rattraper un peu la perte de temps de cette année.

Je le sais, je l’ai déjà vécu il y a quelques années. J’ai eu la chance de le vivre, mais deux fois seulement.

On se connaît si bien. On avait une belle complicité. Vous me faisiez confiance. Vous saviez que lorsque je vous poussais à plus d’efforts, c’est parce que je savais que vous pouviez le faire. Et vous le faisiez! Vous avez alors commencé à développer votre motivation intrinsèque, essentielle à votre bonheur, même en voyant de la motivation extrinsèque autour de vous. On avait des amis dont on connaissait les forces. Nous étions des ressources les uns pour les autres afin de nous dépanner. Nous étions devenus une belle équipe.

Je me demande pourquoi un enseignant ne doit pas enseigner les deux années de son cycle avec les mêmes élèves. C’est tellement gagnant. C’est ce que je voulais vivre dans mon projet.

Je le répète, les adultes n’ont pas toujours raison… Écoutez votre petite voix intérieure…

La mienne est très triste aujourd’hui de vous laisser aller en plein milieu d’une belle expérience qui m’aiderait à vous aider dans votre réussite scolaire.

Ma petite voix pleure… mais elle le dit haut et fort, pour vous: Qu’attendons-nous pour mettre en place les conditions pour faire vivre cette expérience gagnante au plus grand nombre d’élèves?

Écrivez-moi lorsque vous en aurez le goût. Écrire, ça peut faire tellement de bien!

Madame Natalie

Natalie Arpin

Saint-Étienne-des-Grès