Selon l’auteur Ghyslain Parent, les demandes syndicales sont plus que réalistes.

Lettre à mon recteur

L’auteur, Ghyslain Parent, est professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il s’adresse ici au recteur de l’institution, M. Daniel McMahon.

Monsieur mon Recteur,

Le premier mai, je rencontrai, pour la première fois, mon groupe de près de 50 étudiants du cours d’été que je donne. J’ai passé un magnifique avant-midi avec eux. La chimie a passé et nous avions déjà créé un véritable pacte pédagogique qui devait durer tout l’été. À midi, le cours a fini et nous avions déjà hâte au jeudi. C’était magique! Je ne dirai jamais assez: j’aime enseigner, j’aime mes étudiants et j’aime l’UQTR.

Dans la nuit de mardi à mercredi, je me suis levé vers 2 h du matin et je suis allé lire mes courriels. Des étudiants en panique m’exprimaient leur peine et leur horreur. Ce que nous avions construit quelques heures auparavant venait de se détruire: mon recteur avait crié et écrit le mot LOCK-OUT! Mon recteur et ses amis avaient pris la décision de m’empêcher de travailler tout comme il posait la même injonction à mes collègues et, pis encore, aux étudiants de mon groupe. Je n’étais pas fâché, j’étais triste et déçu.

Je me souvenais de la visite de notre nouveau recteur, qui voulait qu’on l’appelle Daniel, et qui nous avait dit qu’il n’avait pas de problèmes à l’UQTR, que des défis. Malheureusement, en posant ce geste de lock-outer, geste comparable à la peine capitale dans le discours du monde du travail, mon recteur a créé, de ses blanches mains, un problème et il est venu affaiblir le nécessaire lien de confiance, entre les professeurs et l’administration, lien de collégialité qu’il disait vouloir créer lorsqu’il est entré dans la plus noble fonction entre nos murs. Mes collègues et moi, du département des sciences de l’éducation, nous ne sommes pas dupes. Nous voyons dans vos manœuvres un copier-coller de tout ce qui se passe dans le monde de l’éducation au Québec depuis près de 15 ans: 1) décrochage scolaire; 2) écoles primaires et secondaires vétustes; 3) enseignants en épuisement scolaire; 4) tâche augmentée sans reconnaissance salariale; 5) perte d’autonomie; 6) absence de moyens concrets, de matériel et de ressources humaines pour permettre aux enseignants de réaliser leur mission. Notre grande-petite université devra-t-elle se taire et devenir complice d’un système de financement qui ne connaît rien aux mondes de l’enseignement et de l’éducation.

Quelle tristesse, vos professeurs ne demandent pas beaucoup. Les demandes syndicales sont plus que réalistes. Entre autres, accorder les postes de professeurs pour respecter «le» plancher d’emploi que vos prédécesseurs avaient reconnu comme étant nécessaire pour le bon fonctionnement de notre université en lien avec une augmentation de la clientèle. De nouveaux profs qui feraient de la recherche et, du même coup, feraient la renommée de notre université. Nos demandes syndicales ne veulent que sauvegarder l’essentielle liberté académique des professeurs et départementales. Une liberté qui est notre véritable instrument de travail et qui fait en sorte qu’un prof d’université est un employé qui a un rôle social des plus importants très différent de tout autre emploi. Un prof d’université ne devrait jamais être lock-outé. Jamais.

Comme membre du Comité de promotion pendant près de 15 ans, j’ai vu passer des centaines de dossiers de professeurs et de professeurs de notre université qui ont eu la titularisation et les productions de VOS employés sont phénoménales.

Monsieur mon recteur, dans le cadre de mes services à la collectivité et de mes recherches, je devais rencontrer les parents d’un jeune enfant autiste dans les prochains jours. Ils m’attendaient et comptaient sur mon expertise et celle d’autres collègues. Je n’ai pas le courage de leur téléphoner pour leur dire que mon recteur ne veut pas que je travaille. Pourriez-vous leur téléphoner pour leur dire à quelle journée je pourrai les rencontrer?

Monsieur mon recteur, vous avez été un prof de l’UQTR et vous savez que TOUTES les demandes syndicales sont légitimes. Comme ancien prof, relisez les deux dépôts patronaux et dites-nous que vous comprenez pourquoi ces offres ont été refusées à 94 %. Par ailleurs, vous comme moi, nous savons que de l’argent «neuf» doit entrer par millions dans les coffres de notre université au cours des prochaines années. Mes collègues, qui enseignent la comptabilité et la gestion dans notre enceinte, pourraient sûrement vous donner des trucs pour bien administrer les «charges».

L’autre matin, j’étais près des Cubes avec environ deux cents collègues qui ne comprenaient pas le geste odieux qu’ils venaient de subir. C’était tellement beau de voir la solidarité de personnes, jeunes et plus expérimentées, qui veulent voir l’université atteindre des sommets et qui ne demandent qu’à accueillir d’autres bras pour venir poser avec humilité de petites pierres dans le mur de la connaissance.

En regardant les jeunes profs très mobilisés, je me disais: «Nous sommes quelque chose comme une GRANDE université!» «Pourquoi quelqu’un a-t-il posé un geste si PETIT pour venir blesser cette organisation en perpétuels projets?»…

Ce soir, j’écoute Diane Dufresne chanter «Ne tuez pas la beauté du monde»… Quelle tristesse!