Le ministre des Finances, Carlos Leitão.

Lettre à la députation libérale

L’auteur, François Landry, est coordonnateur de la Table régionale des organismes communautaires (TROC) en santé et services sociaux du Centre-du-Québec et de la Mauricie. Il signe cette lettre dans le cadre de la campagne «Engagez-vous pour le communautaire».

Le 27 mars dernier, le gouvernement déposait un budget que les organismes communautaires ont reçu avec déception, et même avec colère. Encore une fois, il saupoudre quelques sous pour le communautaire. Pire: cette fois-ci, il saupoudre de la poudre aux yeux! La comptabilité créative du ministre des Finances, M. Leitão, ne cessera de nous étonner, budget après budget!

Pourtant, au moment du dépôt du budget, il déclarait: «La solidarité et le soutien à ceux qui en ont besoin font partie des valeurs fondamentales de la société québécoise, et les marges de manœuvre que nous avons dégagées au cours des dernières années nous permettent aujourd’hui de renforcer ce filet social auquel nous tenons tous en ciblant les clientèles les plus vulnérables.»

Dans ce budget, il n’y a rien de structurant pour le communautaire, rien qui réduit les inégalités, rien qui répare les pots cassés de l’austérité, rien qui nous permet de faire face à l’augmentation de la demande de service. Et cette explosion est justement due à l’effritement de ce filet social dont M. Leitão parle. Le 27 mars, nous avons reçu un beau chocolat de Pâques: alléchant à l’extérieur et vide à l’intérieur.

Votre gouvernement dit considérer les organismes communautaires comme des partenaires essentiels. Soit! Nous désirons maintenant être traités comme tel.

C’est pourquoi des délégations d’organismes communautaires iront vous visiter aujourd’hui. Cette action reflète notre colère face au dernier budget, mais il dit aussi que nous serons là, partout où seront les candidats et candidates durant la campagne électorale.

Les organismes communautaires du Centre-du-Québec et de la Mauricie emploient plus de 2000 personnes, appuyées de 15 000 bénévoles. Ils aident à nourrir plus de 29 000 personnes, ils viennent en aide à 25 000 personnes en perte d’autonomie, ils rejoignent plus de 10 000 jeunes et aident 9000 personnes handicapées et leurs familles, ils hébergent 2000 personnes aux prises avec d’importants problèmes sociaux, ils accueillent, écoutent et aident plus de 150 000 personnes chaque année.

Les besoins des organismes communautaires sont grands. Il serait plus que temps que nous obtenions un rehaussement significatif du financement à notre mission globale. Au Centre-du-Québec et en Mauricie, c’est 20 millions $ supplémentaire qu’il faut pour mener à bien notre mission et répondre aux besoins de la population. D’ailleurs, selon un récent sondage du Réseau québécois pour l’action communautaire autonome (RQ-ACA), 84 % des Québécoises et Québécois pensent que les organismes communautaires devraient recevoir un meilleur soutien financier. De plus, nous exigeons le respect de la politique de reconnaissance de l’action communautaire. Cette politique devrait engager toutes les instances gouvernementales à respecter l’autonomie des groupes, à mettre en place ou maintenir des programmes de financement et à reconnaître l’apport de l’action communautaire à la société québécoise. Or, de nombreux ministères ne respectent toujours pas cette politique. Nous voulons aussi que l’action communautaire autonome soit reconnue comme moteur de progrès social. Le gouvernement mentionne fréquemment l’importance de la contribution de l’action communautaire autonome, mais, en réalité, ce sont les économies créées qui l’intéressent. Finalement, nous réclamons l’arrêt des compressions dans les services publics et les programmes sociaux pour que la population cesse de payer le prix de l’austérité.

Le Parti libéral avait une dernière chance de nous démontrer son appui et sa reconnaissance avant les élections. Maintenant, le milieu communautaire sait à quoi s’en tenir… et nous nous en souviendrons encore à l’automne.