L’État, ce mal-aimé

OPINION / L’auteur, Stéphane Roy, est professeur de sociologie au Collège Laflèche.

Les dernières semaines nous ont fait vivre des choses qui ne ressemblent en rien à ce que nous connaissons d’habitude. En contexte de crise et de bouleversement planétaire, il est toujours intéressant de revenir à des principes universels de santé, d’équité et d’égalité. La situation actuelle met en lumière l’importance d’avoir un État fort, structuré, qui se préoccupe du bien-être de tout un chacun. En situation de croissance, l’État est souvent perçu comme le caillou dans le soulier, celui qui ralentit et freine le développement économique par l’imposition d’une réglementation trop lourde, de normes environnementales coûteuses ou une taxation invalidante qui affecte la compétitivité des entreprises. Bref, laissons le système économique faire son travail, il saura bien se discipliner et permettre aux riches comme aux pauvres de bénéficier du trickle down effect ou effet de ruissellement.

Le citoyen n’est pas en reste, il souhaite payer un minimum d’impôts et recevoir un maximum de services. Comme le disait si bien Yvon Deschamps «les Québécois veulent l’école gratis, le dentiste gratis, l’hôpital gratis, mais ils ne veulent pas payer d’impôts. Socialiste de cœur, capitaliste de poche».

Bref l’humain étant ce qu’il est, il n’aime pas que quelqu’un se mêle de ses affaires, SAUF quand ça va mal. Et là, en ce moment, ça va mal. Mais heureusement, l’État est là (et son bon docteur Arruda). Chaque jour, nos gouvernements et les fonctionnaires, infirmières, préposés et autres (employés par l’État) déploient des mesures exceptionnelles pour contrer cette situation inhabituelle. Des milliards de dollars sont injectés par les deux paliers de gouvernement (que nous devrons rembourser un jour) pour contrer ce virus, mais également pour soutenir les entreprises, les travailleurs et relancer (après cette crise) l’économie.

L’État n’est certainement pas parfait, on lui reproche sa bureaucratie, ses structures lourdes, parfois coûteuses et la situation dans les CHSLD doit être améliorée. Mais, dans une situation catastrophique (pandémie, tremblement de terre, guerre, réchauffement climatique et autres), les GAFA de ce monde (Google, Apple, Facebook, Amazon) peuvent difficilement remplacer l’État qui cherche à prélever des impôts sur leurs profits (77,8 G$ de bénéfices en 2016). Bref, l’État et ses institutions demeurent un organe vital dont on ne saurait se passer dans ces circonstances particulières, mais également à chaque jour. L’État agit souvent comme le dernier filet de sécurité (avec les organismes communautaires et de bienfaisance). Pour ceux qui reçoivent encore un chèque de paie, vous aurez une idée de ce que fait l’État avec vos impôts. Pour les autres, l’État est là pour vous soutenir en ces moments difficiles.