L’auteur de cette lettre estime que les rodéos sont au cœur d’une industrie du divertissement qui exploite les animaux et qui dépense plus d’énergie à soigner son image qu’à soigner les animaux qu’elle blesse.

Les ruades d’une industrie moribonde

Le directeur du FWST peut bien crier au rapport biaisé, mais nous ne sommes pas dupes. Et que dire de cette lettre d’appui signée par une pléthore d’entreprises qui, chacune à leur manière, tirent profit de l’exploitation animale. Toutes, tout aussi hypocrites les unes que les autres, pas assez courageuses pour avouer que leur appui est uniquement lié à des considérations économiques, et qui exhortent le gouvernement à agir afin de protéger nos «traditions»… quelle honte! Il ne faut surtout pas changer puisque ça rapporte! Voilà de la vraie pensée d’esclavagistes. Les dirigeants de ces foires anachroniques, derniers relents des tristes cirques et autres arènes romaines qui salissent notre héritage latin, font la sourde oreille à ce qui pourtant crève les yeux: les animaux ont des sentiments et ressentent des émotions telles que la peur, la tristesse, l’affection, etc.

Alors peu importe qu’ils prétendent voir au bien-être des animaux, de pourvoir à leurs soins médicaux, il demeure que cette industrie est axée sur l’exploitation animale dans une perspective de spectacle. Il y a longtemps qu’en tant que société nous avons discrédité l’industrie du cirque dans ses pratiques envers les animaux. Alors pourquoi prenons-nous tant de temps à arriver à des conclusions similaires lorsqu’il s’agit de rodéos? Il est donc inacceptable de voir un lion sauter à travers un cerceau en feu, mais tout à fait acceptable de regarder un veau se faire arracher le cou au bout d’un lasso? Il est aussi tout aussi acceptable, je suppose, d’utiliser des électrochocs ou des courroies de pression pour rendre un taureau ou un cheval tellement inconfortable qu’il cherchera à ruer? Bien sûr, les dirigeants de ces événements nous diront que de telles pratiques ne se font pas chez eux, mais là encore nous ne sommes pas dupes. Ils nous feront croire que les animaux sont choisis en fonction de leurs aptitudes, leurs capacités à offrir un bon spectacle, et toute autre raison tout aussi bidon que fallacieuse. Les rodéos sont au cœur d’une industrie du divertissement qui exploite les animaux, et qui dépense plus d’énergie à soigner son image qu’à soigner les animaux qu’elle blesse. Pascal Lafrenière du FWST, nous faisait remarquer que «[…] nous avons plus de 500 animaux qui participent à nos rodéos annuellement et que les accidents sont rarissimes.» Il serait bon de rappeler à M. Lafrenière que les animaux ne «participent» pas aux rodéos, ils sont forcés d’y être. À ce que je sache, il n’existe pas de site d’inscription en ligne pour les animaux. Il doit y avoir quelque chose de volontaire dans toute notion de «participation». De plus, l’absence «d’accidents», ne signifie pas absence de mauvais traitements ou de blessures, voire de souffrances, de stress et de détresse.

Bref, si l’exploitation animale aux fins de spectacles est moralement discutable, et si le fait de savoir sciemment que des animaux souffrent lors des épreuves de domination inscrites aux rodéos est clairement illégal, il est évident pour moi qu’éprouver du plaisir dans des manifestations de domination violentes d’être vivants dotés d’émotions relève clairement de la maladie mentale.

Gilbert Mercure

Trois-Rivières