Les patients ne sont pas la cause de la congestion des urgences!

L’auteur, Gilbert Boucher, est médecin et président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec.

La saison grippale frappe encore une fois avec force cette année. On constate de nouveau que notre système de santé est complètement débordé par les évènements. Nous, les urgentologues, voyons les patients languir dans les salles d’attente et les corridors. Nous voyons les soignants travailler sans relâche, se faire imposer des heures supplémentaires, sans parvenir à suffire à la demande.

Nous voyons encore nos départements bondés de patients admis, déjà passés au triage, diagnostiqués, avec des plans de traitements, mais qui n’ont nulle part où aller et qui empêchent les nouveaux patients en détresse d’être soignés dans la dignité. Il a été maintes fois démontré que la congestion des urgences affecte négativement la qualité des soins et la sécurité des patients.

IL FAUT PLUS DE LITS

Nous avions déjà lancé un signal d’alarme en octobre dernier pour prévenir que le réseau n’était pas prêt pour la saison grippale. Le système était alors déjà engorgé et les soignants à bout de souffle. L’ouverture de 900 nouvelles places par le ministère de la Santé pour libérer des lits dans les hôpitaux a aidé, mais trop peu. En fait, c’est sans doute jusqu’à 3000 lits de plus dont il faudrait disposer en soins alternatifs pour que les hôpitaux fonctionnent mieux.

De plus, les cliniques de grippe sont moins nombreuses que l’an dernier. Elles diminuent l’attente des patients requérant des soins mineurs, mais n’ont que très peu d’impact sur les patients attendant pour des hospitalisations. Elles ne diminuent pas la pression d’avoir du personnel supplémentaire dans les urgences.

Ce qu’il faut faire pour corriger la situation est bien connu:

- augmenter la capacité en lits d’hospitalisation;

- diminuer significativement le nombre de patients en fin de soins actifs occupant un lit;

- créer des unités de débordement;

- engager du personnel supplémentaire pour répondre à la demande et créer des corridors de soins avec la première ligne et les soins à domicile.

LES PATIENTS DOIVENT POUVOIR ÊTRE SOIGNÉS AUX URGENCES

Il est certainement encore possible d’aller chercher des gains de productivités à travers le réseau. Mais lorsque plus de 50 % des lits des départements d’urgence sont occupés par des patients hospitalisés, c’est qu’il faut augmenter la capacité du réseau.

La population doit pouvoir se présenter aux urgences, voir un médecin et avoir un endroit décent pour être hospitalisé. La révision des budgets des centres hospitaliers en fonction de la demande de soins ainsi que l’encouragement à la performance nous apparaissent comme des avenues à explorer sérieusement.

Les patients ne sont pas la cause de la congestion de nos urgences. Ils s’y présentent pour recevoir des soins et s’y retrouvent à y attendre pour être vus, attendre pour être soignés, attendre pour être hospitalisés.

Merci aux équipes soignantes de continuer à être résilientes dans ces temps si difficiles. Nous nous souhaitons une direction claire pour 2020 avec les moyens pour y arriver.