L’auteur de ce texte, candidat pour Québec solidaire dans Maskinongé, réagit à une lettre signée récemment par le président de la Fédération des établissements d’enseignement privés.

Les moyens de nos ambitions

L’auteur, Simon Piotte, est candidat pour Québec solidaire dans Maskinongé. Il réagit ici à la lettre de David Bowles, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés et directeur du Collège Charles-Lemoyne, publiée dans ces pages le 9 juillet dernier.

Récemment, M. David Bowles, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés et directeur du Collège Charles-Lemoyne, faisait valoir dans un texte publié dans Le Nouvelliste, les vertus d’un système d’éducation à deux volets, public et privé, de même qu’il nous mettait en garde contre les critiques de celui-ci. Se faisant l’apôtre d’une approche comptable, qui appréhende l’éducation comme une dépense et non comme un investissement, il relatait les résultats de nombreuses études (sans les citer) qui voudraient qu’un désengagement de l’État dans le secteur privé se fasse à grands frais. Il omettait au passage de mentionner que le secteur public a davantage souffert des mesures d’austérité et des compressions du gouvernement sortant, ne bénéficiant pas de la diversité de revenus dont jouit le secteur privé.

En bon défenseur de son camp, M. Bowles mentionne que le secteur privé contribue à la prise en charge d’une partie de la clientèle en difficulté. C’est bien la moindre des choses, le contraire serait même scandaleux, compte tenu du financement public qui est octroyé aux écoles privées. Or, il faut aussi mettre cette affirmation de M. Bowles en relief; Philippe Hurteau, de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), fait valoir que «72 % des élèves qui fréquentent une école privée proviennent d’un milieu favorisé, soit un revenu familial de 100 000 $ et plus et les jeunes provenant de familles à faible revenu ne représentent que 7 % de l’effectif»; en clair, la vocation première du secteur privé, malgré toute la bonne volonté de ses artisans et artisanes, est de créer une voie d’évitement à un secteur public en manque de ressources, et c’est très largement la portion la plus aisée de la population qui peut en bénéficier. Quand M. Bowles parle du libre choix des parents, il ne s’agit pas pour eux de choisir entre deux philosophies d’enseignement, mais plutôt d’offrir à leurs enfants un cadre éducatif doté de moyens plus substantiels. Point.

Mais au-delà des chiffres, la question fondamentale est de savoir si c’est l’ambition d’une société tout entière qui doit être au cœur d’un véritable projet éducatif ou une approche de libre marché. Si l’éducation a un coût, elle est aussi porteuse de dividendes. Bâtir un projet d’école publique digne de ce nom, muni de moyens du 21e siècle, où chacun et chacune peuvent trouver à s’émanciper, ne peut être garant que d’un avenir meilleur. Il nécessite cependant les moyens de ses ambitions.

Dotons le Québec d’un système scolaire qui reflète la juste valeur de notre peuple, ensuite, pourrons-nous parler du libre choix des parents. Pour ceux et celles qui penseront alors pouvoir faire mieux – ou différemment –, ce choix en est un qu’ils et elles devront assumer à leurs frais. Les défis qui attendent nos jeunes s’annoncent nombreux et complexes, ils méritent une école à la hauteur de ce qui les attend.

Heureusement, nous sommes nombreux et nombreuses à penser que c’est souhaitable. Et à croire que c’est possible.