Les moyens de nos ambitions

OPINION / Avons-nous les moyens de nos ambitions? Citoyens des villes et villages fusionnés, est-ce que les projets de fusion de Bernard Landry n’auraient pas étendu leurs tentacules assez loin?

Avec les équipements au-delà de l’ordinaire, nous nous doutions bien qu’à Trois-Rivières nous vivions au-dessus de nos moyens. Avec les ambitions démesurées de certains politiciens avides de briller au firmament des villes les mieux équipées du Québec, voici que la politique des tarifs «supralocaux» de la Ville confirme que l’on dépasse notre capacité financière.

Vouloir se promener en Cadillac quand on a les moyens de le faire en Chevrolet Belair et que l’entretien de la maison laisse à désirer, cela crée un goulot d’étranglement dans le budget et les dépenses afférentes. Il faut donc demander à nos parents éloignés s’ils ne participeraient pas à notre train de vie exagéré en nous remettant avant l’heure, une partie de l’héritage attendu!

Shawinigan avait donné la mesure de l’enfant gâté avec son amphithéâtre haut de gamme.

Il est remarquable comme nous aimons la démesure, le tape-à-l’œil, et ce, en oubliant les priorités. Nous sommes dans le rêve américain, dans l’insouciance de l’avenir: ce qu’on a est pratiquement tout hypothéqué et appartient aux créanciers. Un bilan gonflé de dettes; un héritage empoisonné et une incapacité de bouger, prisonnier dans nos luxueux bâtiments en ciment.

Comme disait l’ancien maire Lévesque pour sa réélection, il faut créer la richesse, même si, à cette fin, c’est par l’endettement jusqu’aux oreilles que nous y réussirons! Ça, il ne l’a jamais dit. Les comptes à payer sont maintenant bien garnis pour plusieurs générations à venir. Dire qu’à son premier mandat, M. Lévesque s’est fait élire en promettant de baisser la dette comme à Granby!

Que sera l’effet de ces tarifs «supralocaux»? Un appauvrissement certes de l’ensemble des citoyens, une baisse de l’activité physique trop dispendieuse et élitiste, un retour en arrière par des loisirs abordables et ordinaires.

Ici à Trois-Rivières, il y a des côtes pour glisser en hiver qui ne coûtent rien (pour le moment) et en été, il y a des rangs tout près en campagne pour se balader à vélo. Les citoyens payeurs savent compter eux aussi...

Les riches se paieront leur Cadillac; les moins riches utiliseront leurs jambes pour aller voir ailleurs... C’est d’ailleurs le but de Vision zéro: utiliser les transports actifs disent-ils! Là aussi ça risque de coûter très cher cette belle ambition.

Un jeune étudiant me rappelait récemment qu’Alexandre Le Grand disait qu’il y avait deux façons de soumettre le peuple: par le glaive et par l’endettement. La vertu de l’épargne a cédé la place à la dépense sans retenue.

Dommage... on n’a rien appris du maire Drapeau! Avec des visionnaires aux plans royaux, on bâtit des palaces pour nous mettre dans la mendicité.

François Champoux

Trois-Rivières