Les gouvernements doivent assurer la survie des médias traditionnels le temps de leur permettre de s’adapter ou que les médias numériques et sociaux acquièrent suffisamment de maturité pour prendre la relève.

Les médias: pas de pub, pas de moulin...

OPINIONS / «La publicité c’est vendre des courants d’air, mais ce sont ces courants d’air qui font tourner le moulin» — Marcel Bleustein-Blanchet

Le groupe Capitales Médias est en difficulté et s’est placé sous la protection de la loi sur les arrangements avec les créanciers.

Surpris? Pas tant que ça moi. Triste en maudit par exemple.

Et ce n’est pas juste Internet et tout le tralala, les grands responsables de tout ça.

Comment voulez-vous que nos entreprises privées dans le monde médiatique passent au travers de tout ça? Je n’ai pas mon MBA, mais quand on crache trop sur ceux qui paient, ça nous revient vite dans la face! Depuis dix ans disons, nous «excommunions» avec intensité, la publicité dans nos journaux, dans nos télés et dans nos radios.

Combien de fois, je l’ai entendu celle-là?

Et des fois avec des grands airs de frais vomis: «Moi, la pub, ça me répugne. Je n’aime pas ça. Alors j’enregistre tout et je te saute tout ça! Je n’aime pas la pub; me dit-elle avec son sac à main Louis Vuitton acheté sur Amazon».

Vrai! On a sanctifié l’arrivée d’un Netflix sans pubs! On se «garroche» sur les Spotify, Apple Music de ce monde pour écouter notre musique préférée sans pauses publicitaires. Ah oui! Des fois, même dans nos radios ou dans nos télés populaires, on fait la promotion d’un grand bout de musique ou d’un film sans pub! Il faut le faire pareil

Ben oui la crisse de pub dérangeante!

Même des artisans et des artistes ne se gênent pas à l’occasion pour le faire!

Il faut les voir lever le nez sur les commandites, qui présentent un gala. Ou encore dénoncer la tasse Tim Hortons placée sur la table du studio de Gino! Parenthèse: (Mais faire popper une bouteille de vin un dimanche soir à la télé! Ah ça, c’est bien vu! Le vin!) Fermer la parenthèse.

Et que dire de nos sociétés d’État médiatiques qui ne se «bâdrent» pas pour dire que leurs contenus sont bien «plusse» meilleurs parce qu’ils ont moins de pub que leurs compétitrices privées?

La pub est devenue la peste sur les ondes. Sur le papier journal.

Combien de fois, je l’ai entendu dans les médias que j’ai dirigés depuis 30 ans?

«Ah mais Daniel, vous avez bien trop du pub vous autres.»

«Ouais, mais qui tu penses qui va la payer Véro?»

Récemment encore, un grand, grand communicateur du Québec s’amusait sur les réseaux sociaux à ridiculiser les jingles publicitaires des vendeurs de chars.

Je ne dis pas qu’ils sont tous géniaux les jingles. Mais...

Vous pensez réellement qu’après ça, «le vendeur de chars» va croire en la pub?

Et qu’il va annoncer dans les journaux de Capitales Médias et des autres qui risquent de subir le même sort?

Vous pensez qu’il a le goût «le vendeur de chars» de se payer une page à 5000 $ dans un quotidien régional?

Ou se faire produire un spot télé quand il sait qu’il va passer dans un bloc de pubs en série qui dure dix minutes?

Ça fait longtemps que j’ai cette vomissure-là sur le coeur!

Ça paraît hein?

Ça sort aujourd’hui.

Parce que là, j’ai le cœur viré à l’envers à savoir que nos quotidiens régionaux peuvent disparaître! Des jobs. Notre monde! Mon milieu.

Oui! Nos médias devront s’ajuster encore plus à la réalité du royaume des médias sociaux qui est là pour rester et pour grandir.

Je sais ça.

Ma génération a trop résisté.

Et il y a encore trop de résistance.

Bref. Je ne suis pas comptable. Mais une chose que je sais.

Ça prend de l’argent pour payer des journalistes, des photographes, des caméramans, des réalisateurs, des monteurs, des graphistes, des artistes, des animateurs et des patrons...

Et l’argent, il vient des annonceurs! Il arrive de nous autres!

Et ça s’appelle de la pub. Y’a pas d’autres mots que ça.

Ça vient des entrepreneurs. De vendeurs de chars et de meubles. De savon et de ketchup! Et de la madame du 10-10-710 de Caztel.

De la pub. Ben oui! C’est avec ça qu’on peut se payer des belles séries télé! Des grands reportages dans les journaux. Des beaux galas avec des belles robes commanditées.

De la pub. C’est avec ça qu’on peut se payer des Paul Arcand. Des Patrick Lagacé. Et des Sophie Thibault.

Facebook. Google. Tout ça a bouleversé notre industrie. C’est vrai.

Mais avouons franchement.

Qu’en plus de les voir partir sur les réseaux sociaux, nous les avons envoyés promener, nos annonceurs!

Ben oui! C’est la pub qui fait tourner le moulin!

Pas de pubs, pas de radios.

Pas de pubs, pas de télés.

Pas de pubs, pas de journaux.

Pas de pubs, pas de Nouvelliste!

Pas de pub! Pas de moulin!

Daniel O. Brouillette

Saint-Narcisse