Les médias et la science au temps de l’instantanéité de la COVID-19

OPINIONS / Depuis plusieurs années, les médias traditionnels et la science doivent affronter un puissant vent de face. De plus en plus, il semble être de bon ton de souhaiter la mort des grands médias d’information et de remettre en question des faits scientifiques établis depuis des centaines d’années. Ce pourrait être anecdotique. Malheureusement, ce ne l’est pas. D’une part, la très grande majorité des médias d’information sont en mode survie alors qu’ils battent des records de fréquentation de leurs diverses plateformes. D’autre part, quand il devient nouvelle nationale qu’une conseillère municipale de l’une des plus grandes villes du Québec et qu’un professeur d’université remettent en question que la terre est ronde, il y a là de sérieux avertissements. Toutefois, l’instantanéité de la COVID-19 pourrait peut-être aider à aplanir ces autres courbes inquiétantes.

La crise du coronavirus s’étant propagée à l’ensemble du globe à une vitesse vertigineuse, elle ramène l’ensemble des humains sur le même étalon de mesure. Par exemple, à peine cinq semaines après avoir fait des blagues sur la banalité de la crise, un dirigeant du G7 sort des soins intensifs et un autre doit expliquer à ses commettants pourquoi des parcs de New York doivent être transformés en fosse commune.

Ainsi, soudainement, même auprès des partisans de ces dirigeants, les fake news ne sont plus aussi fausses et les propos des épidémiologistes trouvent plus d’oreilles…

Du jour au lendemain, nous sommes devenus inquiets. Que ce soit pour notre ami coincé en Espagne. Pour notre amie infirmière qui travaille dans un CHSLD de Shawinigan. Pour nos parents en croisière au Japon. Pour notre sœur immunosupprimée. Pour nos enfants qui devront retourner à l’école éventuellement. Pour notre couple d’amis brésilien qui est aux prises avec un gouvernement qui ne fait absolument rien pour aplanir la courbe. Pour notre ami hongrois qui lui-même s’inquiète des dérives autoritaires de son chef d’état. Finalement, pour tous nos proches plongés dans l’angoisse financière.

Pour tenter de nous rassurer, et pour répondre à toutes nos questions découlant du virus, nous nous sommes massivement plongés dans nos médias d’information, et non pas dans des blogues obscurs. Par ailleurs, ce n’est pas Mark Zuckerberg qui pose les questions à notre premier ministre chaque jour à 13 h… Imaginez un instant cette crise sans les grands médias traditionnels! Ce serait le chaos. Et pas juste dans les rayons de papier hygiénique et de farine. Malgré la situation précaire des médias, leurs journalistes nous aident à comprendre les situations régionales, nationales et internationales. Aussi, les journalistes scientifiques sont à l’avant plan comme ils ne l’ont rarement été.

Ce qui nous ramène au fait que la science, plus précisément la démarche scientifique, devra conserver la place prépondérante que l’instantanéité et l’envergure de la crise lui fait occuper. Aussi attrayante l’huile de noisettes au curcuma peut sembler l’être pour certains, en considérant qu’il se pourrait bien que seul un vaccin puisse nous permette à nos parents de serrer nos enfants dans leurs bras à nouveau, les scientifiques trouveront certainement une plus grande ouverture à leurs explications. Heureusement, nous pouvons déjà compter sur d’excellents vulgarisateurs.

Avant même cette crise, le défi du système d’éducation était d’apprendre aux élèves à débusquer l’information, l’analyser (à partir d’une démarche scientifique) et ainsi déterminer la fiabilité du contenu. En bref, à travers les immenses drames que provoquent cette crise, nous devons tirer des éléments positifs pour nos enfants. Pour ces derniers, la reconnaissance de l’importance des médias d’information et de la science me semble un beau projet sur lequel s’appuyer pour redémarrer.

Marc-Olivier Gagné

Fier contributeur de la Coopérative nationale de l’information indépendante