Les médecins et leur conscience professionnelle

On peut être révolté devant les augmentations et les primes de toutes sortes négociées par les fédérations des médecins et le gouvernement. Cependant, il est totalement injuste, à mon avis, de taper sur la tête de ceux qui sont sur le terrain et qui mettent toute leur énergie à sauver des vies, à soigner des petits ou des grands bobos, rassurer ou réconforter des patients ou des familles qui viennent de recevoir des mauvaises nouvelles.

Je travaille avec ces hommes et ces femmes qui sont passionnés par la médecine et qui sont dévoués à leurs patients. Il arrive fréquemment qu’un médecin, qui devait finir à minuit, soit encore là à 3 h du matin en train de revoir ses patients afin qu’il n’y ait pas de retard dans les traitements, les demandes d’examens ou les demandes de consultations en spécialité. Un médecin qui fait du zèle? Pas du tout! Il a seulement une conscience professionnelle car il sait que le médecin de nuit est seul pour tous les patients en observation sur civière, tous les patients instables en réanimation, toutes les ambulances qui arrivent, tous les patients de la salle d’attente ainsi que toutes les urgences vitales de l’hôpital (les codes bleus, codes roses et même certains accouchements lorsque l’obstétricien n’est pas encore arrivé).

J’ai vu des médecins pleurer après avoir annoncé des diagnostics très sombres à des patients ou encore un décès à des familles. La responsabilité qu’ils ont sur leurs épaules est très lourde. Ils ont vos vies entre leurs mains. Ils font un travail de détective afin de trouver votre diagnostic, vous traiter et vous soulager. Malheureusement, ils ont aussi le lourd fardeau de briser des rêves et des familles en leur annonçant que malgré tous les efforts possibles et impossibles, ils n’ont pas réussi à sauver leur proche... J’ai vu des médecins venir travailler en étant plus malade que bien des patients qu’ils devaient soigner. J’ai vu des médecins ne même pas avoir cinq minutes pour manger une petite bouchée sur le pouce ou pour aller à la salle de bain.

Je pourrais vous donner encore des centaines d’exemples mais je vous résumerai en vous disant que j’ai vu leur dévouement et je vois, malheureusement, l’étincelle que l’on retrouve dans les yeux de ceux qui sont passionnés et fiers d’être médecin, s’éteindre tranquillement devant toutes les critiques négatives et commentaires blessants des derniers mois. Ils ne sont pas moins productifs, la clientèle est beaucoup plus lourde, plus nombreuse, la paperasserie interminable mais incontournable, les patients et les familles sont plus exigeants donc tous les dossiers doivent être parfaitement documentés. Mais surtout, ils ne veulent pas vous voir comme sur une chaîne de production parce que chaque patient est important, chaque vie est importante, parce que VOUS êtes importants pour eux...

C’est vrai que le système de santé est malade par la faute des médecins... malade par la faute des médecins tout puissants qui siègent au gouvernement et à la tête des fédérations de médecins.

Marie-Claude Mongrain

Infirmière de nuit à l’urgence de Trois-Rivières depuis 18 ans