Les maisons de jeunes et le sous-financement chronique

Un sous-financement en continu… Une hémorragie qui ne cesse de croître et des constats quasi «gangrénaires»… Mais quelle sera la prochaine étape?

Voilà des questions récurrentes auxquelles nous nous butons continuellement en tant qu’organismes communautaires. Comme maison de jeunes, notre mission, rappelons-le, est de tenir un lieu de rencontre animé, où les jeunes de 12 à 17 ans, au contact d’adultes significatifs, pourront devenir des citoyens critiques, actifs et responsables.

Historiquement, en 2001, le gouvernement du Québec se dotait d’une politique de reconnaissance de l’action communautaire autonome. Un de ses objectifs était d’arriver à préserver l’autonomie des organismes, et ce, par le biais d’un financement à la mission adéquat. 

Aujourd’hui, en 2017, le constat est un tout autre. Un des impacts réels du sous-financement en maison de jeunes est sans contredit le roulement de personnel. Qui dit roulement de personnel dit aussi: épuisement des travailleurs en place dû à la surcharge de travail, la perte d’expertise et donc la baisse de la qualité des services. Mais quel est l’impact sur notre clientèle?

Hypothétiquement, si mon jeune crée un lien de confiance significatif avec l’intervenant/animateur en place, il peut en venir à se confier à lui sur ses maux d’adolescents. Pensons à des problématiques sur le plan des relations interpersonnelles, intimes ou familiales, des questionnements liés à la consommation, des enjeux liés à l’estime et l’image de soi, des difficultés au plan scolaire, des idéations suicidaires. 

Selon vous, que se passerait-il si l’intervenant/animateur en place ne pouvait assurer et préserver ce lien avec le jeune dû au fait qu’il remettra probablement sa démission éventuellement, car d’aucune façon nous ne pouvons offrir un salaire et des conditions équivalentes à sa compétence réelle? 

L’adolescent perdra petit à petit confiance envers les adultes significatifs auxquels il se confiait habituellement, car la création du lien est toujours à refaire. 

De manière générale, un adolescent n’arrive pas toujours en crise suicidaire dans nos locaux. Toutefois, nous observons une augmentation importante de leurs besoins. 

Donc, si nous résumons: dans la mesure où un jeune vit une crise importante et se confie à l’intervenant/animateur en place, mais que celui-ci quitte l’organisme, l’impact est majeur pour cet adolescent. 

Malheureusement, ce n’est pas simplement hypothétique, c’est une réalité du quotidien avec laquelle nous devons jongler de façon stratégique pour préserver la clientèle. Mais en contrepartie, qui nous préserve, nous? 

De façon métaphorique, nous pourrions comparer l’impact de ce sous-financement à l’«effet papillon», exprimé par Edward Lorenz en 1972. Seulement en Mauricie, c’est quinze maisons des jeunes qui reçoivent un financement en santé et services sociaux. C’est donc dire qu’il est plus que primordial d’unir nos forces solidairement pour renverser cette théorie du chaos… et ainsi éviter l’amputation définitive. 

Rappelez-vous: vos jeunes d’aujourd’hui sont nos adultes de demain… 

Vanessa Martina, coordonnatrice

Maison des jeunes Action Jeunesse