Selon l’auteur de ce texte, le Parti québécois a fait une assez bonne campagne électorale, mais on ne remplace pas quatre années de quasi-absence dans l’actualité par quarante jours en fin de course.

Les leçons à tirer de la défaite du Parti québécois

L’auteur, Pierre-André Julien, est professeur émérite à l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Il existe trois conditions en politique pour un parti ou pour un député pour se faire élire. La première est d’être présent systématiquement sur la scène politique. Ce que tout bon député fait en multipliant ses contacts avec les organisations régionales, mais aussi dans les baptêmes, les noces ou les enterrements. La deuxième est d’offrir aux électeurs de bonnes réponses aux interrogations des citoyens tirées non seulement du programme du parti, mais aussi contextualisées à la réalité du jour de façon à ce qu’ils se souviennent non seulement du message, mais aussi des messagers. La troisième est que le gouvernement en place soit de moins en moins capable de représenter ses préoccupations pour finir par se discréditer auprès de la population. Puisqu’on sait que c’est à peu près toujours le gouvernement en place qui finit par se faire mettre à la porte et non une opposition qui se fait plébisciter. Mais entre plusieurs partis, c’est celui qui répondra avant tout à la première condition qui aura la plus grande chance de remplacer le gouvernement.

Et c’est ce qui explique la victoire de la Coalition avenir Québec qui a justement été particulièrement présente durant les quatre années du gouvernement Couillard, réagissant systématiquement aux bévues ou aux fausses promesses de ce dernier. À l’encontre du Parti québécois qui se contentait de quelques interventions quand la soupe était trop chaude tout en parlant de son programme à mesure qu’il le développait, mais qui n’atteignait que les convaincus. Utilisant en particulier les réseaux sociaux des membres en croyant que c’était la nouvelle manière de gagner les élections, comme on l’a vu aux États-Unis. En oubliant toutefois que ce moyen ne peut être que complémentaire à des interventions publiques.

Autrement dit, durant quatre ans, le gouvernement Couillard pensait que, comme d’habitude, les Québécois allaient perdre le souvenir des deux années d’austérité terrible pour ne plus voir que la prospérité économique des deux années suivantes. Oubliant les messages des centaines de milliers de travailleurs des systèmes de santé et de l’éducation, incapables de bien faire leur travail ou au bout du rouleau. En même temps, la CAQ montait régulièrement aux créneaux pour critiquer ce gouvernement tant en région qu’au national tout en promettant de faire nettement mieux s’il était élu.

Il est vrai que le Parti québécois a fait une assez bonne campagne. Mais, on ne remplace pas quatre années de quasi-absence dans l’actualité par quarante jours en fin de course. Même s’il est vrai qu’il a toujours été difficile de faire parler de lui avec une certaine censure des médias contrôlés par les fédéralistes, tels La Presse ou Radio-Canada. Et la seule réponse à ça aurait été d’être encore plus présents, obligeant ces médias d’en prendre note et de le rappeler aux citoyens.

En d’autres mots, si le Parti, avec son expérience gouvernementale et son report du référendum, avait été là pour faire régulièrement parler de lui, de 10 % à 15 % de plus de citoyens se seraient souvenus de sa présence dans l’isoloir le 1er octobre dernier. Je connais au moins une dizaine d’indépendantistes dans ma région qui ont voté pour la CAQ parce qu’ils n’étaient plus sûrs que leur parti était toujours là et était capable de se débarrasser des libéraux. Sans négliger la forte présence de QS dans les universités et cégeps qui explique ses victoires à Québec et autour de l’UQAM.

Quand je siégeais au comité des États généraux du Canada français, Georges-Émile Lapalme, ancien chef du Parti libéral de 1950 à 1958 et à la tête du premier ministère des Affaires culturelles du gouvernement Lesage, expliquait que Maurice Duplessis recherchait par tous les moyens à faire parle de lui, tant en bien qu’en mal, disant que c’était la meilleure façon pour que les électeurs hésitants votent pour lui. Il est vrai que la dernière déclaration du chef par intérim du PQ disant que le parti devrait se tourner de plus en plus vers la droite, en oubliant ainsi l’âme sociale-démocrate de René Lévesque, va faire fuir encore plus de membres. Bref, la politique n’est jamais qu’une question d’idée, mais de travail acharné tous les jours sur la place publique, comme l’expliquait le grand Sénèque au jeune Lucilius pour construire lentement sa gloire.