Les jeunes se font-ils avoir?

OPINIONS / À l’aube de la soixantaine, je me questionne parfois sur le legs que je laisse derrière moi aux prochaines générations. Je réalise que ma génération et la précédente se sont beaucoup «servies» pour créer bien sûr, mais aussi pour consommer, encore et toujours plus. Certains groupes revendicateurs des moins de 30 ans nous en font le reproche, téléphone intelligent en main qu’ils renouvellent aux 18 mois. Mais au-delà des manifestations publiques dans la rue un jour de classe, il y a des processus démocratiques qui sont boudés par ces jeunes mais par lesquels ils se font «baiser». Ces processus s’appellent notamment «élections» et «participation citoyenne».

Dans les semaines qui ont suivi l’élection de Donald Trump, nous apprenions qu’il avait gagné malgré 3 millions de votes en moins que sa rivale, principalement à cause du vote de travailleurs mécontents de plus de 50 ans, et leur famille, qui lui ont permis de décrocher des États comme le Wisconsin, le Michigan et la Pennsylvanie. Les jeunes démocrates éduqués ont moins voté que les mécontents cités plus haut. Le résultat étant très serré dans tous ces États, leur vote aurait fait la différence s’ils avaient daigné exercer leur droit. De même pour le Brexit au Royaume-Uni. On se souviendra des manifestations de jeunes dans les rues de Londres, frustrés d’avoir perdu l’accès à l’Europe suite à l’expression de mécontentement des vieux lors du référendum. Dans ce cas aussi les jeunes ont peu voté.

À une plus petite échelle, j’ai vu le même phénomène chez nous, ici à Trois-Rivières. J’ai récemment participé à la consultation publique concernant Vision zéro. Les citoyens étaient divisés en groupe d’environ 20 personnes. À 59 ans, je faisais partie des cinq plus jeunes de mon groupe. Il y avait une personne dans la trentaine, une quinzaine dans la cinquantaine avancée ou jeune soixantaine, et le reste était plus âgé. Ces consultations visent à définir des orientations de politiques publiques pour le futur. Si les jeunes choisissent de ne pas y participer, ils devront vivre avec les choix faits par d’autres qui ne seront plus de ce monde quand ces décisions auront été réalisées.

Ces jours-ci nous entendons que les ailes jeunesse des vieux partis politiques bousculés par la CAQ semblent avoir du mal à se faire entendre dans le processus d’analyse, de redéfinition et refonte de ces partis. Au moins, dans ce cas-ci, ils sont présents et impliqués. Enfin, j’aime bien l’expression qui dit que nous n’héritons pas de la terre de nos parents, mais nous l’empruntons à nos enfants. Cette maxime implique un changement de paradigme important dans la façon de voir et de faire les choses. Mais il faudra que les principaux concernés, les jeunes, participent en plus grand nombre pour se faire entendre, pour jouer leur rôle à définir la société dans laquelle ils veulent vivre et éviter de se faire avoir.

Louis Fortin

Trois-Rivières