Les invincibles

Nous avons construit des forteresses en une journée, le lendemain devenues ruines à cause d’un ennemi invisible, nous recommencions. Nous avons marché sur la Lune, sur Mars, dans des déserts de neige. Nos moyens de transport préférés: fusées, vaisseaux spatiaux, Lamborghini, jet supersonique... Notre combinaison invincible: casque, gants, bottes à propulsion, etc.

Nos aventures se terminaient toujours de la même façon; soit une blessure «grave» ou un cri de terreur d’une puissance, qui venait du vaisseau-mère: «Les p’tits gars, v’nez manger!». Fallait faire vite, parce que s’il fallait un second cri, y’avait des adjectifs qui se rajoutaient.

Dans le vaisseau-mère, fallait retirer notre combinaison, foulard enneigé glacé par notre souffle (enfin je respire!), guédille au nez, joues rouges, cils cristallisés, manteau mouillé, pantalon usé aux fesses et aux genoux, mitaines comme deux boules de neige, tuque, pis ces fameuses bottes en caoutchouc avec une clip, dont je ne comprenais pas le principe; fallait l’aide de l’amirale. Pas besoin de mettre les pantoufles, on les avait gardées en mettant nos bottes ce matin.

Vite! Tout à la sécheuse, nous repartons à la montagne de neige, rejoindre la gang dans la cour d’école en face, tout de suite après le repas. Dix minutes, parfois cinq, et nous repartons, dans notre combinaison encore mouillée mais chaude «pas pour longtemps»... Il faut bien protéger le vaisseau-mère des extraterrestres!

Claude Lamy

Trois-Rivières