On peut être offensé par le caractère immoral et odieux des inconduites sexuelles ou des agressions sexuelles que ces individus ont présumément commises, mais, en tout respect pour leur dignité, ils ne méritent pas d’être ostracisés, humiliés sur la place publique, et surtout, condamnés d’avance par la société, note l'auteur de cette lettre. On voit sur la photo, Éric Salvail.

Les inconduites sexuelles: une chasse aux sorcières!

La campagne médiatique actuelle qui fait penser à une chasse aux sorcières que livrent les journaux, les réseaux sociaux et la classe politique concernant des allégations d’inconduites et d’agressions sexuelles des Weinstein, Rozon, Salvail, Parent et Brûlé, en faveur des victimes de ces actes, attise sur ces présumés abuseurs sexuels l’opprobre social, allant à mettre en péril la présomption d’innocence qui leur est accordée.

Tandis que les médias et les organismes de soutien traitent les victimes, souvent des enfants et des adolescents, avec la considération qu’elles méritent, les médias ou les organismes de soutien qui offrent un traitement comparable à ces présumés harceleurs ou agresseurs sexuels sont plutôt silencieux. Quant aux médias, leur intérêt tient davantage à exposer leur déchéance. 

L’engagement important annoncé pour soutenir les victimes en comparaison avec le manque de soutien offert aux abuseurs sexuels suggère qu’il y a peu d’intérêt jusqu’à maintenant à s’engager à investir dans l’accompagnement, le soutien, le traitement et la réhabilitation de ces personnes présumément déviantes et délinquantes, et qui sont désormais ostracisées, isolées et qui, la plupart du temps, cachent derrière leurs conduites sexuelles déviantes un besoin de réparer leurs affections personnelles. 

Peu importe les motivations qui fondent et structurent leurs inconduites ou leurs délits sexuels, ces individus ont besoin d’accompagnement clinique et psychosocial pour survivre à leur traversée du désert et continuer à vivre dans une société qui leur est hostile. 

Cette observation, qui appelle à un changement des mentalités, invite à investir davantage dans des organismes de soutien et de traitement des délinquants sexuels et dans l’éducation à la sexualité pour les familles. 

Des citoyens ou des organisations, dont l’empathie se mesure au compte-gouttes diront que ces individus n’ont que ce qu’ils méritent. Dire cela, montre qu’ils ont autant d’empathie que les délinquants pour leurs victimes. Il faut voir les abus sexuels comme des drames qui touchent toute la société et qui blessent les familles de ces délinquants en particulier.

On peut être offensé par le caractère immoral et odieux des inconduites sexuelles ou des agressions sexuelles que ces individus ont présumément commises, mais, en tout respect pour leur dignité, ils ne méritent pas d’être ostracisés, humiliés sur la place publique, et surtout, condamnés d’avance par la société. 

Dans l’environnement social actuel, incliné à se substituer à l’appareil judiciaire pour marquer son dégoût, son indignation, sa colère, sa désapprobation envers les comportements sexuels déviants et délinquants, et, parfois même son désaccord à l’endroit des décisions judiciaires rendues dans certains cas, les individus qui commettent des inconduites ou des agressions sexuelles, surtout s’il s’agit de mineurs, sont, après une dénonciation, si cruellement démolis, personnellement, professionnellement et socialement par les réponses sans appel de la société à leur endroit, qu’ils peinent à se réhabiliter véritablement. 

Le châtiment social va bien au-delà de ce que le système judiciaire leur réserve. Pour prévenir ces comportements délictueux, il faut investir davantage dans l’éducation sexuelle et, pour atténuer les risques de récidives, il faut investir plus dans le traitement afin d’aider ces personnes à se réparer et à accéder à une vie sexuelle plus satisfaisante et plus conforme à nos valeurs sociales. 

Il faut cesser de faire des victimes malheureuses et de commettre des actes qui pourrissent le climat social. Ceci appelle à un changement de culture et au goût d’une nouvelle ère. 

Et, en passant, si c’était un de vos proches? 

Roch Bouchard

Sainte-Perpétue