La situation actuelle rend le travail difficile pour les élus municipaux, particulièrement pour les femmes conseillères. À Trois-Rivières, deux conseillères municipales ont annoncé leur décision de se retirer des comités, ne pouvant effectuer efficacement leur rôle de représentante aux rencontres à distance.
La situation actuelle rend le travail difficile pour les élus municipaux, particulièrement pour les femmes conseillères. À Trois-Rivières, deux conseillères municipales ont annoncé leur décision de se retirer des comités, ne pouvant effectuer efficacement leur rôle de représentante aux rencontres à distance.

Les femmes et la démocratie en temps de crise

OPINIONS / Depuis deux semaines, plusieurs textes sont parus sur les impacts différenciés sur les femmes et les hommes du chamboulement social que nous vivons. Charge mentale et soin des enfants assumés en grande partie par les femmes, emplois dans les épiceries et entretien ménager occupés massivement par des femmes, etc.

La participation en politique, particulièrement pour les élues qui ont des enfants, n’échappe pas à cette différenciation genrée. À Trois-Rivières, deux conseillères municipales ont annoncé leur décision de se retirer des comités, ne pouvant effectuer efficacement leur rôle de représentante aux rencontres à distance.

Une participation déjà inégale

Au Québec, les femmes composent actuellement 32 % des élues municipales.

Dans le but de mettre en place les conditions visant à favoriser une représentation égalitaire, plusieurs initiatives ont été mises sur pied depuis quelques années. Groupes de femmes, Fédération des municipalités du Québec et Union des municipalités du Québec ont entre autres mis la main à la pâte en proposant des boîtes à outils et des pratiques gagnantes.

Parmi ces pistes de solutions, on comptait celles visant à favoriser la conciliation de la vie d’élu(e) avec la vie parentale. Ces mesures ont été ciblées parce qu’elles répondent à un besoin exprimé par plusieurs femmes, encore aujourd’hui plus nombreuses à passer plus de temps que leur conjoint aux soins des enfants. Loin de bénéficier uniquement aux femmes, celles-ci ont aussi pour avantage de favoriser l’implication des pères, un aspect encore trop souvent laissé de côté dans certains milieux de travail sous prétexte que «ces enfants ont une mère pour s’occuper d’eux».

Des obstacles supplémentaires

Dans le contexte particulier que nous vivons, non seulement les haltes-garderies les soirs de conseil ou les allocations pour frais de garde en soirée peuvent difficilement être mises en application, mais la charge de travail quotidienne est désormais décuplée pendant la journée faute de garderies et d’écoles ouvertes. Les instances qui souhaitent favoriser une participation équitable des femmes élues à leurs instances se doivent de tenir compte de cette nouvelle réalité et faire preuve de souplesse et de créativité.

Toutes les personnes qui expérimentent actuellement le télétravail à temps plein depuis deux semaines savent à quel point ce n’est pas de tout repos et qu’il est impossible de concilier le tout sans négliger l’un ou l’autre des aspects.

Il est donc impossible pour les personnes élues qui ont des enfants à charge de maintenir leur rythme de travail d’avant quand il n’y a pas d’autre parent à la maison pour les prendre en charge ou que l’autre parent travaille également.

À Trois-Rivières, les élues concernées reconnaissaient l’importance de traiter les dossiers urgents et elles étaient prêtes à faire leur part. Toutefois, elles s’interrogeaient sur la nécessité de maintenir le rythme qui prévalait avant la crise et demandaient de remettre certaines décisions moins pressantes à plus tard.

En ne proposant pas d’aménagements au calendrier pour tenir compte de la situation exceptionnelle que nous vivons, les municipalités se privent non seulement de la voix d’élues autour de la table, mais elles privent également la population d’une voix dans leurs instances.

Carol-Ann Rouillard

Doctorante en communication sociale

Université du Québec à Trois-Rivières