Gabriel Nadeau-Dubois et Manon Massé, de Québec solidaire

Les fausses solutions de Québec solidaire

En s’en remettant à Ottawa pour gérer le dossier de l’immigration, Québec solidaire vient de court-circuiter l’Assemblée nationale, l’espace privilégié de nos décisions politiques. Disons que pour un parti dont les chefs n’hésitent pas à brandir leurs poings à la moindre occasion en campagne électorale pour scander l’indépendance du Québec, ça manque cruellement de cohérence. On reconnaît là les écarts entre «l’avant» et «l’après» campagne. C’est vrai pour tous les partis. A fortiori pour QS. N’empêche, il ne s’agit pas là d’une «simple promesse» électorale brisée mais d’un positionnement qui touche aux fondamentaux du parti, si bien entendu, la souveraineté a encore un sens pour ce dernier.

Autre manquement: l’érosion de la citoyenneté participative. Pour une formation qui n’a cessé de se réclamer du peuple et de parler en son nom, voilà une drôle de façon de mettre sous tutelle ce même peuple en portant un coup sévère à sa souveraineté intrinsèquement liée à l’autonomie et à la légitimité de ses institutions démocratiques. À moins que QS ait du mal à vivre avec les résultats des dernières élections.

En érigeant Ottawa en arbitre suprême, QS reconnaît sa supériorité sur celle de Québec. Symboliquement, cela revient à placer le Québec dans une situation encore plus précaire qu’il ne l’est déjà dans sa minorisation politique. Car en matière d’immigration permanente, nous ne détenons pas tous les leviers. Certes, nous gérons la catégorie de l’immigration économique (60%) alors qu’Ottawa continue de s’occuper des demandes d’asile et des candidats du regroupement familial.

Or, ces dernières années, le sujet de l’immigration a crispé les relations entre Québec et Ottawa. Surtout lorsque le gouvernement fédéral a décidé d’une façon unilatérale de laisser entrer davantage de réfugiés sans pour autant se soucier de leur accompagnement. Il aura fallu l’intervention de plusieurs acteurs de terrain qui criaient famine pour qu’enfin le ministre de l’Immigration se résolve à dénouer, un peu, les cordons de sa bourse. Le mal était déjà fait. Le fardeau budgétaire sur le Québec fut énorme.

En moralisant la question de l’immigration, c’est-à-dire en la plaçant exclusivement dans le champ de l’effect, comme le fait Gabriel Nadeau-Dubois, QS crée un faux clivage qui laisse penser que l’ouverture au monde et la solidarité doit nécessairement s’accompagner de mesures en faveur d’une hausse des seuils d’immigration. A contrario, ceux qui ne partagent pas cette position se retrouvent en déficit d’humanité.

La question migratoire est une question sensible et complexe qu’il est dangereux de simplifier à outrance comme le fait le co-porte-parole de QS. Pour faire ce constat-là, faut-il encore redescendre parmi les mortels, vivre dans la réalité. À vrai dire, dans le Québec d’aujourd’hui, on ne peut faire l’impasse sur la fragilité de notre statut de francophone en Amérique du Nord ni sur la méfiance de plus en plus grande de nos concitoyens envers une volonté, toujours plus forte, d’instrumentaliser l’immigration. Là est le véritable nœud du problème.

Djemila Benhabib, écrivaine

Trois-Rivières