L’auteure de ce texte dit avoir beaucoup de respect pour chacun des chefs qui sollicitent l’appui des électeurs québécois ces jours-ci. Même si son choix est déjà clair, elle admire le fait que ces personnes ne se contentent pas de critiquer une nation, ils tentent de l’améliorer chacun à leur façon.

Les électeurs ont le dernier mot

J’adore les élections. Elles permettent une mobilisation citoyenne et l’énergie qui s’en dégage est réjouissante. C’est la démocratie même, le pouvoir d’un peuple sur son avenir.

J’adore particulièrement les élections provinciales, car les voix qui résonnent dans les médias illustrent réellement ce qu’est la nation québécoise, non pas selon des limites géographiques, mais bien en matière d’identité et de valeurs distinctes, desquelles découle tout le reste (économie, éducation, environnement, ouverture sur le monde, santé, etc.). Or, voter exige une réflexion à la fois personnelle et collective sur un grand nombre d’enjeux.

Bien des citoyens sont vites à pointer du doigt les travers de chacun des partis ou des candidats. Néanmoins, ce regard critique doit également être posé sur nous-mêmes, les électeurs. D’une part, la classe politique est dépeinte avec cynisme, mais d’une autre part, nous mettons sous silence nos insatisfactions passées au profit de «promesses» creuses, disparates et à la carte. Nous ravalons notre amertume le temps d’une élection.

D’ailleurs, il n’y a pas de campagne électorale sans peur, et ça, les chefs le savent très bien, au plus grand plaisir des chroniqueurs démagogues œuvrant dans la dramatisation excessive. Que ce soit la peur de la dette chez Québec solidaire, la peur d’un débat souverainiste au PQ, la peur d’un monopole libéral ou, tout récemment, la peur d’un premier ministre caquiste malhabile (ou même incompétent), il en résulte un climat politique d’affolement où les enjeux sont malheureusement abordés avec histrionisme et superficialité.

Or, face à la peur, on recherche la stabilité. En conséquence, des années de règne rouge s’écoulent durant lesquelles nous plaidons l’impuissance citoyenne. Même si certaines inégalités politiques existent (notamment par rapport au mode de scrutin), notre vote fait une différence. Banaliser le pouvoir citoyen s’inscrit dans une perspective fataliste, responsable d’une démobilisation collective nuisible à la volonté de changer.

Le «changement», c’est d’ailleurs le slogan de la CAQ. À ce titre, Legault a jusqu’à maintenant réussi son pari, soit de proposer une nouvelle alternative au bipartisme, avec une plus grande crédibilité que Québec solidaire. Malgré tout, l’engouement caquiste s’essouffle. Au-delà des maladresses et du manque de charisme de Legault, le recul des électeurs caquistes semble motivé par une déception et une crainte du projet sociétal caquiste. En effet, Legault dévoile un programme mal fignolé qui n’est dans une certaine mesure ni péquiste ni libéral, mais aussi un peu des deux.

D’un point de vue identitaire, la CAQ ne remet plus la souveraineté en question. Néanmoins, le nationalisme idéologique du parti fait ressortir les anciennes couleurs de son chef. Lors du premier débat des chefs, alors que Legault et Lisée argumentaient à savoir s’il est préférable de refuser des immigrants non francophones (PQ) ou de les accueillir conditionnellement à un test de français réussi après trois ans au Québec (CAQ), la ressemblance idéologique était frappante. Néanmoins, Lisée, plus habile que Legault, réussit à faire passer ce dernier pour un être intolérant, alors que ses propres critères d’immigration sont encore plus sévères quant à la francisation des nouveaux arrivants. Bien que je sois loin, loin, loin d’être en accord avec Legault sur les solutions migratoires qu’il propose, la question de l’intégration demeure pertinente. Évidemment, cette question est éclipsée au profit de scénarios catastrophes, que le chef caquiste tente de désamorcer disgracieusement. En matière d’économie, certaines nuances existent bel et bien entre la CAQ et le PLQ: le premier favorise davantage le secteur privé, alors que le deuxième soutient plutôt des services publics clientélistes qui s’accompagnent inévitablement d’un déclin de la responsabilité populationnelle. Nonobstant ces particularités, les répercussions socioéconomiques demeurent similaires: réduction dans l’accessibilité des services et austérité financière. Ne soyons pas dupes, une économie libérale ou caquiste n’est pas dans l’intérêt du plus grand nombre.

J’ai beaucoup de respect pour chacun des quatre chefs qui se présentent aux élections. Même si je préfère voter pour une co-porte-parole, j’admire l’intelligence de chacun (ne mélangeons pas ici l’intelligence et le jugement…), mais surtout, j’admire le fait que ces gens ne se contentent pas de critiquer une nation, ils tentent de l’améliorer chacun à leur façon. Pour moi, il n’est pas question de voter contre un parti ou un candidat, mais bien de voter pour des valeurs qui me rendent fière de mon Québec. Les élections provinciales devraient être un espace de discussions et d’idées, pas de médisances ou de disputes.

Pour finir, ce ne sont ni les politiciens ni les chroniqueurs qui auront le dernier mot. Ce sont les électeurs. Alors comment allons-nous gérer ce précieux pouvoir?

Florence Bernard, 23 ans

Trois-Rivières