L’auteure de cette lettre offre aux membres du Parti libéral qui ont été défaits lors de la dernière élection provinciale des pistes de solution pour rebâtir leur parti.

Les deux solitudes

À tous les libéraux, victimes d’une cinglante défaite aux dernières élections, qui, anéantis, se questionnent sur les raisons de cette débâcle, permettez à une simple citoyenne d’une région de vous offrir quelques pistes de réflexion.

Depuis 1995, vous aviez une arme redoutable pour manipuler l’opinion publique: la peur du séparatisme! Et cette arme vous a bien servi, particulièrement auprès des anglophones, des allophones et d’une génération d’aînés qui, contre vents et marées, vous offraient un soutien inconditionnel. Au point que, pendant douze ans, les Québécois ont toléré, avec M. Charest à sa tête, un gouvernement où des pratiques pour le moins douteuses étaient monnaie courante. La Commission Charbonneau en a fait la démonstration. L’élection de Mme Marois fut un sursaut des Québécois bien modeste puisque grâce à la minorité de ce gouvernement, les libéraux ont pu reprendre le pouvoir, avec à sa tête M. Couillard!

Ce neurochirurgien, froid, pragmatique, cartésien, complètement imperméable à l’opinion des contribuables, et qui a offert les clés de la province à deux banquiers; messieurs Leitão et Coiteux, qui avaient pour mission d’assainir les finances publiques.

En bons banquiers, parfaitement insensibles, ils ont effectué des coupes sauvages dans les services, particulièrement en santé et en éducation. Et ça, bien entendu, avec l’accord de leur premier ministre, tout aussi indifférent aux dommages sociaux causés par ces actions. Mais, ils ont bien pris soin de se réserver quelques milliards à saupoudrer lors de la dernière année du mandat de ce gouvernement. Les blessures des citoyens ont été grandement sous-estimées et ça prendra bien plus qu’un mandat électoral pour réparer ces dommages.

L’autre obsession de M. Couillard était le statut des minorités. Lesdites minorités étant concentrées surtout à Montréal, d’ailleurs. Malgré la défaite, il persiste et signe dans son testament politique; il a déclaré que: «la majorité n’a pas tous les droits, et ceux qui l’exercent doivent être compensés par la protection des minorités». Ce n’est pas un hasard que la très grande majorité des minorités soit concentrée sur l’île de Montréal, château fort du caucus libéral et fief des ministres de ce gouvernement. Au point que Montréal est devenu un État dans l’État! En effet, durant le règne libéral, les régions – donc les francophones – ont été des laissés-pour-compte. La majorité des budgets s’y retrouvaient, il ne restait que des miettes pour les régions. Sans compter que les lois donnaient encore plus de puissance à cette métropole autant au niveau économique que culturel. Évidemment, elle a grandement bénéficié des largesses de ce gouvernement!

Pourtant, il est notoire que les PME sont une force vive de l’économie du Québec. Est-ce qu’elles ont obtenu leur juste part de l’aide de ce gouvernement? Poser la question, c’est y répondre.

M. Couillard a basé son argumentaire pour l’accueil d’un plus grand nombre d’immigrants, sur la pénurie de main-d’œuvre qui sévit présentement. Sauf qu’il est bien connu que les immigrants ne sont pas du tout intéressés à aller vivre et travailler dans les régions. S’ils y sont forcés, ils n’y feront qu’un court séjour, pour regagner la «grande ville». Car il faut être réaliste: pour eux, le Québec se résume à Montréal, d’où leur très forte résistance à apprendre le français. À Montréal, l’anglais est amplement suffisant.

Jusqu’au 30 septembre, il existait deux solitudes au Québec: Montréal et le reste! Pour preuve, il fallait lire l’éditorial de François Cardinal dans La Presse +, qui paniquait complètement à l’idée que la métropole puisse perdre un peu de pouvoir et qui demandait à la mairesse d’exprimer fermement ses exigences au nouveau gouvernement caquiste!

Parce que oui, la CAQ, est devenue porte-parole des régions délaissées. Oui elle a l’intention d’être un peu plus équitable avec celles-ci. Oui, elle a l’intention de faire du français la langue officielle du Québec. Autrement dit, on veut ramener un peu d’égalité dans la gouvernance.

Mis à part le fait que vous n’aviez plus d’arme pour faire peur à l’électorat, étant donné le déclin du PQ, je soumets à tous les libéraux, à mon humble avis, les vraies raisons de votre débâcle.

Il serait peut-être bon de vous pencher sur ces pistes de réflexion si vous voulez regagner la confiance des Québécois, francophones, habitant les régions, qui, je vous le rappelle, représentent les deux tiers de la population.

Francine Gingras

Trois-Rivières