La présence constante des figures parentales dans la routine quotidienne des enfants est essentielle à leur développement affectif, à la formation du Moi, à leur confiance en eux-mêmes et aux autres.

Les dérives potentielles des droits d’accès des grands-parents à leurs petits-enfants

OPINIONS / Lettre adressée à M. Henri Lafrance, président de l’Association des grands-parents du Québec.

Dernièrement, j’ai écouté le reportage de la journaliste Claudie Simard, de Radio-Canada Mauricie–Centre-du-Québec, au sujet de l’article 611 de la Loi sur la famille du Québec. J’en ai relu la transcription sur le site de Radio-Canada quelques jours plus tard. Cet article de loi concerne les droits d’accès des grands-parents à leurs petits-enfants.

Bien que la loi ait été écrite avec de bonnes intentions, comme celle de permettre aux grands-parents de voir leurs petits-enfants lors de séparations des parents, ce qui crée une nouvelle cellule familiale, des relations tendues, nous devons toutefois constater des dérives potentielles: chantage émotif, financier, etc. On note aussi parfois venant des grands-parents une volonté de contrôle, des valeurs ou des façons de faire différentes de celles des parents.

Ces dérives peuvent porter préjudice aux enfants, taxer les relations familiales et donner aux enfants un portrait déformé de la vie en société. Ce déséquilibre influencera négativement la loyauté d’un enfant pour ceux qu’il aime et qui l’entourent, et le suivra jusque dans sa vie d’adulte. C’est dans l’enfance que se prépare le développement psychologique, social et émotionnel d’une personne.

L’Organisation mondiale de la santé de même que les spécialistes en psychologie de l’enfant conseillent un minimum de trois ans de présence et de stabilité avec les parents. La présence constante des figures parentales dans la routine quotidienne des enfants est essentielle à leur développement affectif, à la formation du MOI, à leur confiance en eux-mêmes et aux autres. Ce cocon de sécurité les amènera à la capacité de créer des relations interpersonnelles de qualité, à la confiance pour avancer dans la vie et à devenir des adultes responsables et équilibrés.

Pendant ces trois premières années, l’enfant a besoin de la présence constante et aimante de ses parents. Si je vous suis bien, il est écrit dans la loi «qu’il est dans l’intérêt de l’enfant de développer une relation personnelle avec ses grands-parents». Mais si cette relation est ou bien toxique, ou bien inexistante, la loi imposerait tout de même que l’on s’y conforme, même si «ce n’est pas de gaieté de cœur» pour reprendre vos paroles.

On comprend que certains parents sont déchirés de devoir se conformer à un ordre du tribunal qui favorise les grands-parents. Qu’il y ait près de 1000 appels à votre association ne changera rien à la réalité de ces parents. D’autant plus que les frais de cour sont élevés.

Bien sûr, que des grands-parents aient pu profiter des bienfaits de cette Loi, et tisser des liens durables, est tout à fait louable. Mais ces grands-parents ne sont pas les premiers responsables de l’éducation des enfants. Un désaccord entre parents et grands-parents engendre souvent une certaine forme de violence pouvant affecter la dynamique familiale, même si le couple resserre tous les liens possibles pour passer au travers de ce drame. Une loi discutable aura souvent un impact sur la vie de plusieurs enfants.

Vous faites mention d’un interdit de contacts possible entre l’enfant et ses parents quand les grands-parents ont la garde des enfants. N’est-ce pas exagéré? Et si les deux familles des grands-parents veulent se prévaloir du droit accordé par l’article 611 de la loi, chacun à leur tour, les parents ne verraient plus leurs enfants que du lundi au vendredi, ce qui est aberrant! D’après ce que j’en comprends, cette loi risque d’avoir un effet néfaste sur la formation des petits.

Bref, les grands-parents devraient respecter l’autorité parentale.

Claude Beaudoin

Trois-Rivières