La ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault, a indiqué, récemment, que la police serait appelée à intervenir si une commission scolaire refusait d’appliquer la loi sur la laïcité. En parallèle, un mouvement prônant la désobéissance civile s’est levé et a alimenté l’actualité des derniers jours.

Les dérives de l’Assemblée nationale du Québec

OPINIONS / L’auteur, Mathieu Plante, est finissant au baccalauréat en histoire de l’Université du Québec à Trois-Rivières. Il adresse cette lettre aux parlementaires de l’Assemblée nationale du Québec au sujet de l’illégitimité de la désobéissance civile.

Le 2 avril dernier, un article de Hugo Pilon-Larose, Tommy Chouinard et Martin Croteau, dans La Presse + avait pour sujet les déclarations de la ministre Geneviève Guilbault, en plus des débats parlementaires qui entourent le projet de loi 21 sur la laïcité. Dans cet article, la ministre a déclaré que «la loi c’est la loi». Les parlementaires du Parti libéral et du Parti québécois, à savoir, Gaétan Barrette et Sylvain Gaudreault, ont déclaré «illégitime» la désobéissance civile, profitant de l’occasion pour dénoncer l’attitude de neutralité de Québec solidaire envers ce type d’action citoyenne à l’égard de l’application de la loi 21.

Or, ce qui s’est produit la semaine dernière est une dérive du parlement québécois au sujet de la liberté de conscience des citoyens. De même qu’une remise en question des droits et libertés des citoyens à faire valoir leurs droits envers l’État. En effet, ces trois partis politiques ont tous affirmé que le citoyen n’a pas un mot à dire face aux lois votées par l’Assemblée nationale du Québec. Tout cela sur la base que nous vivons en «société de droit» selon le député Barrette. Toutefois, un État de droit ne veut pas dire que celui-ci est le seul détenteur du pouvoir politique et juridique. Les citoyens ne sont pas seulement des citoyens une fois aux quatre ans. Non, les citoyens peuvent et doivent faire valoir leurs droits et libertés en tout temps. Nous ne sommes plus à l’époque des monarchies absolues où les sujets doivent une obéissance aveugle au Roi, au Parlement ou à l’État.

La désobéissance civile permet aux citoyens de contester légitimement l’État par des actions de non-violence envers des lois qui vont à l’encontre de leurs droits. Je ne vise pas spécifiquement la loi 21, mais tout type de lois qui entraînent des abus envers les citoyens. La ségrégation des Noirs aux États-Unis et au Canada, les exclusions des juifs à l’Université McGill et les conscriptions de 1917-18 et 1942-45 au Canada furent toutes des lois votées ou encouragées par nos élus. Est-ce que le fait de voter une loi la rend infaillible? Est-ce que le citoyen se doit de subir plutôt qu’agir contre celles-ci?

L’écrivain américain Henry David Thoreau a déclaré ceci dans Désobéissance civile: «Le citoyen ne doit-il jamais un instant abdiquer sa conscience au législateur? Pourquoi tous les hommes ont-ils une conscience alors? Je crois que nous devrions être hommes d’abord et sujets ensuite. Il n’est pas souhaitable de cultiver le même respect pour la loi et pour le bien. La seule obligation qui m’incombe est de faire bien.»

Cette citation permet de mettre en évidence le fait que toute loi n’est pas nécessairement synonyme du bien. Dans un an, dix ans ou trente ans nos élus pourraient légiférer un système juridique de ségrégation ou bien la mise en place d’une conscription. Le citoyen n’aurait aucun mot à dire, aucune légitimité à respecter sa conscience d’humain, de citoyen. Est-ce que les radicaux de cette histoire seraient finalement ceux qui prêchent la suprématie du Parlement? La suprématie d’une clique qui veut imposer sa volonté sur celle des citoyens?

Permettez-moi de conclure avec cet extrait d’un des billets d’un illustre éditorialiste du Nouvelliste, Fernand Gagnon: (15 mars 1940) «Le peuple, roi d’un jour, mais aussi roi arriviste un peu suffisant se laisse courtiser quand il ne se laisse pas endormir. […] D’un geste, d’une croix, l’électeur marque sa préférence. Là finit sa royauté et son pouvoir s’écroule. Là commence son assujettissement heureux ou malheureux, suivant la valeur des maîtres qu’il s’est donnés.»