Les dénonciatrices

OPINION / Pourquoi y a-t-il de nombreuses dénonciations sur les médias sociaux? Pourquoi la gent féminine préfère ne pas dénoncer leurs agresseurs à la police et passer par les tribunaux?

C’est bien simple: elles ne veulent pas que leurs agresseurs aillent en prison. Et pourquoi?

Parce que dans la plupart des cas, elles connaissaient leur agresseur. Ce n’est pas un inconnu.

Dans le cas des inconnus qui entrent par effraction, la plupart des femmes les dénoncent à la police et vont témoigner au tribunal, malgré le deuxième viol qu’elles ont l’impression de subir à nouveau.

Mais quand il s’agit de quelqu’un qu’elles connaissent, comme un ami fatigué d’être relégué au rôle d’ami et non d’amoureux; un gentil garçon qui n’a pas pu se retenir lors d’une soirée bien arrosée et qui a utilisé sa force physique; un patron qui n’a jamais eu dans son département une jolie femme intelligente et profite de son statut de supérieur; un conjoint qui veut dominer sa compagne, parce que si une femme peut faire ce que fait un homme (policier, ingénieur, avocate, juge, etc.) et qu’elle peut se débrouiller sans lui, qu’est-ce qu’il vaut, lui? Où est sa raison d’être? Il a peur de la perdre et fera tout pour que ça n’arrive pas.

Les femmes savent tout le chemin qu’elles ont parcouru depuis 30 ans. Mais ce sont elles qui ont parcouru ce chemin jusqu’à l’égalité. Certains hommes, hélas, trop nombreux, ne veulent pas céder leurs privilèges. Il n’y a pas encore si longtemps que le «Pater familias» avait le droit de vie et de mort sur toute sa famille. Mais les mœurs ont évolué et beaucoup d’hommes ont dû abandonner leur suprématie sur leur conjointe et sur leurs enfants. Les femmes ont conscience de tout cela, et malgré tout, elles aiment les hommes, et ne veulent pas les envoyer en prison. Elles veulent seulement qu’ils changent, qu’ils ne fassent plus subir à d’autres femmes ce qu’elles ont enduré. Pour cela, il faut que les hommes prennent conscience de leurs comportements.

Beaucoup d’hommes ne connaissent même pas la douleur qu’ils infligent. Pour eux, ç’a été bon, donc ç’a dû être bon pour la femme, même si elle a été forcée et a eu une peur terrible.

Un homme qui croit à l’égalité des sexes ne pense pas de cette façon et respecte les femmes, tout en les considérant égales mais différentes, et il comprend et accepte cette différence. Il y a beaucoup de ces hommes, heureusement.

Ce sont les autres que les femmes dénoncent sur les réseaux sociaux, elles veulent en faire des hommes bien, plus empathiques, et non pas les faire payer un tribut disproportionné, pour ce qu’ils ont fait. Beaucoup d’entre eux ont aujourd’hui une vie exemplaire. Ces femmes ne veulent pas détruire leur vie, c’est pourquoi elles refusent de passer par le système judiciaire, elles veulent seulement qu’ils prennent conscience et réalisent tout en acceptant qu’ils ont mal agi, à un certain moment. C’est de l’éducation qu’elles font, pour qu’ils ne recommencent plus.

Pour éviter les fausses allégations d’inconduite, les dénonciations anonymes ne doivent jamais être publiées, en aucun cas. C’est la responsabilité du diffuseur.

Bravo à ces femmes dénonciatrices, je vous admire! Vous essayez de créer un monde meilleur en vous unissant pour que les choses changent.

Vous l’aurez peut-être ce monde meilleur où il fait bon vivre, même en étant de la gent féminine. Une femme plus âgée, comme moi, aurait abandonné, en se disant que c’est peine perdue, comme bien des femmes avant moi, et celles des générations précédentes!

Chantal De Longchamps

Bécancour